Archives de Tag: LGBT

Se taire ne les protégera pas.

Ce soir, après 10 heures de travail, j’ai pris le temps d’arracher 10 autocollants manifpourtous qui avaient été fièrement apposés aux abords de l’établissement scolaire où j’exerce. Un petit groupe d’hommes en costards-cravates, trentenaires dynamiques, qui passaient près de moi, m’a observé quelques secondes puis s’est éloigné en rigolant.

Autocollants lmpt

Je n’ai pas eu l’envie, ni le courage de leur demander pourquoi ils riaient. A vrai dire, m’en eût-on donné l’occasion, je crois que j’aurais bien ri avec eux. J’étais là, à écouter les cloches de l’Eglise voisine sonner six heures, tout en essayant de supprimer au mieux les traces de la haine ordinaire qui s’affiche sans honte et sans détour dans toutes nos rues.

Ces autocollants, je les ai remarqués, ce lundi matin en arrivant et j’y ai pensé toute la journée. J’ai pensé aux collégiens, aux lycéens à ceux qui se trouvaient un peu différents, à ceux qui se savaient complètement autres. Je ne voulais pas les imaginer se confrontant à cette marque de rejet dès les premières minutes de leur longue journée et pourtant l’image ne s’effaçait pas.

J’y repense ce soir en lisant le récit de cette sortie interrompue, par des militants LMPT, dans un collège à Angers, en découvrant la campagne conjointe du Salon Beige et du printemps français pour le retrait de tout « ouvrage idéologique sur le gender ».  (En réalité tout livre mentionnant l’existence de personnes non-hétérosexuelles et non-cisgenres destiné à un public « jeune »).

Il ne faut surtout pas dire à l’école que l’hétérosexualité n’est pas la seule option valide. Il ne faut surtout pas dire à l’école que toutes le monde ne s’identifie pas forcément au genre qui lui a été assigné à la naissance. Il ne faut surtout pas mettre de mots sur cette réalité. Et que ce n’est pas grave ou mal ou un problème, que c’est tout simplement.

Pour autant cette tentative de disparition forcée est un échec. L’école n’est pas un sanctuaire, ni un monde qui fonctionnerait en vase clos, elle s’inscrit dans la société, tout en étant une part de cette société. Les adolescents qui la côtoient connaissent l’homosexualité, la bisexualité, ils savent que certaines personnes sont trans, même s’ils n’ont parfois pas les mots pour parler de cette réalité.

Comme tous les sujets qu’on cherche à leur taire, cependant, ces réalités sont fantasmées, détachées de ce qu’elles sont, revêtent un caractère mythique dans tout ce que ce terme a de mystérieux. Loin d’être une bonne chose, cette volonté de cacher ces réalités les couvre d’opprobre et contribue à nourrir les préjugés négatifs, le caractère insultant et la force péjorative avec lesquels sont utilisés les termes tels que PD, tappette, gouine, travelo, tafiole ou autre variante plus ou moins fine.

C’est le social tel qu’il se fabrique à l’école. C’est dans cet univers que des adolescents se découvrent différents, ou se savent autres depuis toujours. C’est dans ce bain culturel qu’on leur demande de nager.

Et le silence que l’on veut nous imposer, c’est toujours « pour protéger les enfants ».

On nous interdit de tendre les perches à des enfants qui se noient dans un bain culturel qui pue la haine de ce qu’ils se découvrent être, au nom de leur protection.

A l’ado qui découvre qu’il est peut-être en fait attiré autant par les filles de sa classe que par les garçons, on ne doit pas dire que mille autres ressentent cela, que c’est parfaitement normal et qu’il pourra s’épanouir ainsi.

A l’ado qui bien que désigné comme fille depuis sa naissance n’en est pas une, on ne peut pas donner les mots qui lui permettront de s’identifier, de nommer son identité, de se dire lui.

A l’ado qui ne tombe amoureuse que des filles depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, on ne peut pas dire, pas de problème, ça arrive et ça ne fait pas de toi quelqu’un de moins valable que les autres.

On devrait les regarder se noyer sans rien dire.

Parce qu’ils sont en danger de mort.

Peut-être doit on ici rappeler la sur-suicidalité des jeunes lesbiennes gay bi et trans.

There are no queer teens suicides only queer teens murders

Laisser tranquillement se construire l’hétérosexisme et le cissexisme dans l’esprit des adolescents, qu’ils soient trans ou cis, qu’ils soient hétéro ou non, est criminel. C’est créer de futurs agresseurs et de futurs agressés.

Travailler dans le milieu éducatif quand on a soi-même été une petite lesbienne cherchant à se découvrir c’est accepter de revenir sur ses souffrances d’adolescence et c’est refuser de contribuer à perpétuer le milieu toxique qui crée ces souffrances.

C’est pourquoi je continuerai à décoller les autocollants, et je continuerai à dénoncer l’hétérosexisme et le cissexisme et à tenter de créer un environnement moins violent pour les adolescents auprès de qui je travaille, malgré la peur qui me tenaille d’aller trop loin et de provoquer une révolte de parents en colère, prêts à défendre l’ordre établi.

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Nos identités sont politiques

Les choses aléatoires m’avaient dit que si j’avais envie de mettre un texte ici j’étais la bienvenue. Du coup Cassandra prend le clavier pour un petit texte en mode divergence des luttes.  Suite à la mort de Clément Méric il y a eu un rassemblement dans ma ville, l’asso militante LGBT a relayé cet appel à rassemblement et j’ai pu lire ceci (j’ai mis certains passages en gras) :

« […] Attention aux prises de position trop rapides au nom de [l’Asso]. Souvenez-vous que nous ne sommes pas un parti politique. » G.B

« faudrait peut être arreter de manifester pour n importe quoi… je respecte ce militant mais je vois pas pourquoi moi gay devrais je manifester… vu l ambiance actuelle la discretion serait pas un mal » L.L.G

« [L’Asso] est extrème gauche ! Je ne vois pas le rapport avec un centre lgbt… La politique ne devrait avoir aucun rapport avec [l’Asso]… » C.L

« Cet assassinat n’est que politique et n’a rien à voir avec le combat que [l’Asso] mène ! » L.L.G

« Quelque soit son bord ou sa famille politique tout le monde pouvait manifester pour ou contre le mariage pour tous , preuve qu’il n’y avait rien de politique contrairement à cet événement tragique… » L.L.G

« Je ne vois toujours aucun rapport avec la politique et une asso gay. […] » C.L)

Je trouve insupportable le fait que certain-e-s assimilent les antifas aux fascistes qu’iels combattent (en les présentant comme tout aussi violents, ne cherchant que la baston, des ultra-gauchistes, des extrémistes… comme si les deux se valaient) mais je ne parlerai pas des antifas ou de Clément Méric ici. D’autres sont plus légitimes que moi pour cela (commencer par fouiller ici me semble une bonne idée).

Je vais paraphraser deux choses aléatoires dans ce texte.
La première nous dit que nous avons tou-te-s grandi et nous vivons tou-te-s à cis-hétéro-land. La seconde nous dit que sa vie privée est toujours politique.

Nous mangeons du prosélytisme cis-hétéro-patriarcal dès la naissance. La propagande cis-hétéro-sexiste est partout. Dans les jeux qu’on nous offre quand on est enfant. Dans les livres qu’on nous lit enfant et que nous lisons en grandissant. Dans ce que nous voyons à la télé. Dans les contes, dans les légendes, dans les mythes. C’est sur le net. C’est dans nos rues. Ce sont nos familles, nos ami-e-s, nos collègues de travail. Et c’est un peu en nous.

Une amie a récemment annoncé sur Facebook qu’elle était enceinte d’un garçon, il y a un an elle accouchait d’une fille.
Il faudra acheter des vêtements pour garçons ont dit certain-e-s.
Il ne reste qu’à lui acheter un armure, une épée à deux mains, des dès [pour le jdr] et un ballon de rugby, a ajouté quelqu’un-e.
Moi j’ai félicité cette amie et j’ai eu un petit pincement de cœur pour cet enfant.

Pas encore né et déjà cantonné à un rôle genré. Si ça continue on va créer des perruques pour les bébés (je refuse de vivre dans un monde où ceci n’est pas un fake), histoire d’enfermer au plus tôt l’enfant dans un carcan de genre.
Les opposant-e-s de la « Théorie Du Gender » prétendent que les différences de comportement entre leurs garçons et leurs filles relèvent de la nature, de l’inné. Iels s’opposent à ce qu’on essaye de rétablir un peu d’égalité entre fille et garçon en CP, cela risquerait de perturber leurs enfants. C’est clair que ce serait dommage de ruiner 6 années de bourrage de crâne intensif pour faire entrer les enfants dans des normes transphobes, homophobes et sexistes.

Qu’est-ce qui est privé et qu’est-ce qui est public dans nos vies?

Les sentiments homos devraient rester de l’ordre de la vie privé. Pas le droit de se tenir la main, pas le droit de s’embrasser, pas le droit de parler de nos sentiments, pas le droit de les montrer. Je suis prête à parier que les militant-e-s de la manifestation dite pour tous seraient ravi-e-s de voir la France faire comme la Russie et interdire le « prosélytisme homosexuel », menacé-e-s de prison ou d’amende si on montre ou parle de nos sentiments homos, mais sans homophobie aucune.
A côté de cela le fait que des hétéros s’affichent publiquement ne semble pas poser de problème. Pendant que je prenais quelques notes pour ce texte un couple cis hétéro s’embrassait à pleine bouche. S’affichant clairement et sans peur. Ce couple était voyant, bruyant, qu’il dévoile une part de vie privée ne semblait déranger personne. Leurs sentiments ont le droit d’être publics et personne ne vient parler de prosélytisme hétérosexuel.

Les trans devraient se fondre dans la masse.
Il faut correspondre à l’archétype du genre dans lequel on se reconnait.  Surtout ne pas parler de transition.
Etre invisible.
Les trans sont souvent critiquées car iels seraient des caricatures de leur genre. Il y aurait beaucoup à dire sur cela mais je parlerais de cela une autre fois, ici ou ailleurs. Ce qu’il est important de souligner c’est que les psychiatres prétendument expert-e-s des questions trans font tout pour que les trans correspondent à ces stéréotypes de genre. Quand on ne correspond pas à la vision cis-hétéro-sexiste de ces psys on se retrouve un peu à devoir se débrouiller par soi même. Et il faut aussi rappeler que nous avons tou-te-s grandi dans une société qui est cis-hétéro-sexiste alors pourquoi un-e trans avec une vision sexiste de Lhôme™ et Lafâme™ serait plus coupable qu’un-e cis avec la même vision des choses?

Il faut croire qu’il est plus simple pour certain-e-s de considérer les trans comme allié-e-s du patriarcat plutôt que comme des victimes vivant une oppression spécifique.

Nos vies devraient donc rester privées, invisibles, au placard.
Et pourtant les cis-hétéros parlent beaucoup des trans, bi-e-s, gouines et pédés (TBGP). Nous sommes d’abord un sujet de plaisanterie pour certain-e-s. Les homos, les trans, ces Autres qui ne sont pas vraiment « nous » ahah comme iels sont drôles! Et que je t’abreuve de stéréotypes et de généralités histoire de bien se marrer et de se rassurer sur sa virilité, sa féminité, sa sexualité. Si nous sommes hors de nos placards (out) nos vies sont disséquées. Tout ce qu’on fait, pense, dit, n’est plus perçu comme l’acte, la pensée, le discours, d’un individu mais comme celui d’un-e trans, d’un-e bi-e, d’une gouine, d’un pédé. On devient « la LGBT » et on nous renvoie encore ces stéréotypes, des fantasmes nés de la peur.
Quand on est out on nous impose de bien cacher nos vies et nos sentiments et en même temps on fouille nos vies privées pour rendre public le moindre petit truc individuel, grossir le trait pour attaquer l’ensemble des TBGP.

A côté de cela les cis hétéro peuvent se dévoiler.
Les cis-hétéros ont le droit d’être publics, visibles, limite exhibitionnistes. Tout ce qui sert la propagande cis-hétéro-patriarcale peut se montrer sans problème.
Pas besoin de faire un coming out quand on est cis-hétéro. Le placard on connaît pas. Et on prendra grand soin de rappeler qu’il ne faut pas généraliser les actes d’individus. Plus de 80% des violeurs sont des hommes cis hétéros mais si on rappelle ce fait on va avoir le droit à une cohorte de mecs cis hétéros qui vont venir dire qu’il ne faut pas généraliser, qu’EUX ne sont pas comme ça. Ne pas généraliser alors qu’on a juste énoncé un fait. Nous vivons dans une société où on peut stigmatiser les « minorités » de dominé-e-s mais pas celle des dominants.
Nous vivons à cis-hétéro-land.

Et comme je l’ai dit au début ce bourrage de crane, ce lavage de cerveau pour faire de nous de bon-ne-s petit-e-s cis-hétéro-sexistes commence dès la naissance (voire avant quand on prépare la naissance de « bébé »).
Nous ne grandissons pas dans des boîtes, coupé-e-s de toute influence mais dans une société cis-hétéro-sexiste. Quand la tour Eiffel a été illuminée aux couleurs de l’arc-en-ciel on a pu voir bon nombre d’homophobes hurler contre le vilain lobby de la LGBT. Le fait qu’au final c’était en hommage à Nelson Mandela ne change rien au fait que cette réaction a prouvé que ce qui dérangeait réellement les opposant-e-s à l’égalité des droits LGBT n’était pas l’ouverture du mariage au couples homosexuels, ni la possibilité pour ces couples d’adopter ou la reconnaissance de la filiation mais juste la visibilité des LGBT. On castre bien les trans ai-je dit sur mon blog en critiquant cette volonté de nous enfermer au placard.

Parlons d’Ariño et de Bongibault, ces homosexuels que la manif dite pour tous à mis en avant ces derniers mois. Les deux ont une position de repentance par rapport à leur homosexualité, le premier en prônant l’abstinence, le second en luttant pour la supériorité naturelle du couple hétéro, reconnaissant alors sa sexualité comme naturellement inférieure (c’est ce qu’on appelle de l’hétéro-sexisme) au final deux figures qui non seulement ne dérangent nullement le cis-hétéro-patriarcat mais en plus vont dans son sens et militent pour que perdure la domination de l’homme cis hétérosexuel.

Nos vies ont donc, que nous le voulions ou non, un aspect politique. Dans une société cis-hétéro-sexiste, être visible quand on est trans et/ou bi-e, lesbienne, gay c’est un acte politique. Etre visibles (et fier-e-s) c’est montrer que contrairement à ce qu’on nous rabâche depuis la naissance le modèle cis-hétéro-sexiste n’est pas supérieur. Evidemment les assos qui font du militantisme LGBT sont politiques et quand des hommes politiques ont des discours LGBT-phobes ces assos ont le devoir de le signaler.

Militer contre l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie c’est politique. Même les assos festives et sportives LGBT sont politiques car elles font de la visibilité LGBT.

Et quand un militant contre l’homophobie est tué par un homophobe la moindre des choses est de relayer les appels au rassemblement en sa mémoire, même si la lutte contre l’homophobie n’était pas son seul combat. D’autant que la montée du fascisme n’est pas sans lien avec ces manifestations dites pour tous, c’est dans ces manifestations que les groupuscules fascistes ont pu se rencontrer, recruter et se renforcer. Les manifestations de ces derniers mois ont montré l’étendue du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie en France. Elles ont aussi montré le manque de conscience politique de la plupart des militant-e-s LGBT.

Je suis fatiguée.

Que certain-e-s ne voient pas l’aspect politique de nos vies, ne connaissent rien de notre histoire militante (ignorant parfois jusqu’au nom de Stonewall), ne savent pas comment militer sans fric, ne voient la pride que comme un événement festif.

Que certain-e-s militant-e-s tiennent des propos sexistes, racistes, validistes, transphobes, biphobes, lesbophobes, homophobes (…) ou laissent passer ce type de propos.

Et à côté de ça je survis ma vie de trans, gérer ma dysphorie un peu plus présente chaque jour, ne pas m’enfermer chez moi, essayer de rester visible, d’être politique. ne pas laisser tomber, ne pas me laisser envahir par le ras le bol. Je rêve de fuite. De tout abandonner et de me barrer et d’essayer d’oublier ma tristesse et ma colère. Mais en attendant j’écris.

– Cassandra

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On ne se laissera pas voler la rue.

Les débats sur le mariage sont terminés. On serait tenté de croire que les LGBT vont pouvoir respirer après ces mois intenses où même les représentantEs de la République se sont laissée aller à un discours ouvertement LGBTphobe. Cela serait croire que cette visibilité soudaine n’a eu aucune conséquence.

Ce débat nous a marqué comme il a marqué nos aînéEs lors des heures les plus sombres du PACS. Je suis moi-même passée par plusieurs réactions, les principales étant la colère et la peur.

La peur qui se traduit par un état complètement paranoïaque lorsque je suis dans la rue: Est-ce que cette personne est potentiellement homophobe? Est-ce qu’elle va m’agresser? Est-ce que ça se voit que je suis gouine?

Toutes ces questions me hantent et se traduisent par une tension dans tous les membres de mon corps. Cela fait plus d’une semaine que je suis dans un état de faiblesse entre maux de tête et insomnies. Ce sentiment est d’autant plus fort que je m’inquiète pour mes proches. J’ai peur pour eux et elles autant que j’ai peur pour moi. Je les vois craquer les unEs après les autres, abattuEs par cette tension, obligéEs de mettre en place différentes stratégies pour se protéger.

La colère, c’est une autre affaire. J’ai plusieurs raisons d’être en colère ces derniers temps.

La colère contre le gouvernement et ses trahisons à répétitions. La « liberté de conscience », l’abandon de la PMA, le droit des Trans’ remis aux calendes grecques. Dire qu’on souhaite les remercier. Merci de quoi? D’être des pleutres?

A part Taubira et Bertinotti, qui était là pour monter aux créneaux dans ce gouvernement? (En ce qui concerne le sujet du mariage, hein. Elles ont été les premières à enterrer la PMA).

Et l’Inter-LGTeubé, à part faire des communiqués de presse, elle a fait quoi pour nous défendre et condamner les paroles LGBTphobes?

Petit scoop en passant: l’égalité des droits pour TouTEs (pour les gouines, les trans’, les séropos, les prostituéEs, les sans-pap) ne passera pas par la soumission au gouvernement.

J’éprouve une rage contre ces partis politiques qui ont utilisé cette lutte pour faire passer l’ANI en trois semaines dans le plus grand silence médiatique (8 mois pour le mariage).

On n’oubliera pas.

La colère contre l’indifférence de mes proches. Les fameux hétéros-solidaires qui n’ont pas jugés bon de m’accompagner en manifs. Ma mère qui s’en foutait de ce débat sans voir le mal que ça me faisait jour après jour. Tous ces potes qui ont réalisé qu’effectivement, la société était « peut-être » homophobe le jour où y’a eu une agression dans un bar lillois.

Sauf que des agressions, il y en a eu, il y en a et il y en aura encore de beaucoup  plus violentes qui n’auront pas la possibilité de faire la une des médias.

A les entendre, les actes LGTphobes ne sont que l’œuvre d’une dizaine d’excités aux crânes rasés. Les membres de la « manif pour tous » ou du « printemps français » n’ont pas de crânes rasés pourtant. Je les déteste de s’être réapproprié nos moyens d’expressions. Ces personnes se visibilisent juste pour garder leurs privilèges. A cause d’eux, on en vient à éviter certains quartiers par peur de se faire insulter et/ou frapper.

Cette violence psychologique existe et  elle ne réside pas dans le simple fait de se faire éclater la gueule sur le macadam.

J’ai été en colère contre ma meuf qui ne voulait pas que je rentre seule, un jour de manif des fachos, parce que visible avec ma tête de gouine à crête. Je ne suis pas une chose fragile, j’ai le droit d’être dans la rue. Je prends le risque de me faire agresser, sinon je ne sors plus, paralysée par la peur.

Je ressens de la colère contre moi-même. Contre ces sentiments que je ne contrôle pas. Contre cette solitude. De la colère parce que mon cerveau est en chantier et que  je ne pourrais pas exprimer toutes mes inquiétudes dans un seul texte.

Je me suis confiée, il y a quelques jours lors d’un débat sur les LGBTphobies. L’intitulé était « Réplique ! « .

Le terme « répliquer » n’a jamais pris autant de sens qu’aujourd’hui. Comment faire pour répliquer face à tous ces fachos qui ne se cachent plus ?

Après deux heures de témoignages intenses, on en est venu à chercher des solutions. Individuellement, nous ne pouvons pas répliquer face au risque de se faire tabasser, voir pire.

Notre force, elle se trouve dans la communauté, dans la force du nombre. Cette communauté qui si elle a des défauts, reste le dernier rempart face à la violence de cette société.

Il ne faut pas laisser retomber la visibilité comme un soufflet. Nous devons l’utiliser à notre avantage. Mariage ou pas, nous sommes là et nous n’avons pas à nous cacher. Nous ne devons pas nous retrouver qu’une fois par an pour finir par retourner dans notre placard hétérocrate à la fin de la journée. Nous ne devons plus avoir honte de nous même.

Nous devons utiliser cette colère pour nos combats. Car pour les droits des Trans, nous serons là. Pour les droits des sans-pap’, nous serons là. Pour les droits des prostituéEs, nous serons là. Pour les droits des séropos, nous serons là.

La lutte n’est pas terminée. Nous ne nous laisserons pas voler la rue.

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Mariage pour tous : ce que les lesbiennes ont gagné, ce que les lesbiennes ont perdu

Je suis gouine, provinciale, cisgenre, butch. Dans quelques jours très probablement, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe sera votée. Dans un à deux mois, elle entrera en vigueur, et je serai libre d’épouser ou non la personne que j’aime, dans les mêmes conditions que le ferait un couple hétérosexuel (âge, consentement, prohibition de l’inceste et de la bigamie). Je serai libre d’adopter ses futurs enfants, de divorcer, et de verser le cas échéant une prestation compensatoire.

Il ne s’agit pas ici de revenir sur les conditions du mariage civil français. Il y aurait matière à dire sur les causes de nullité du mariage, notamment celles visées par l’article 180 du Code civil concernant l’erreur sur la personne ou sur les qualités essentielles de la personne. Il y aurait matière à dire sur les procédures de divorce définies par la loi du 26 mai 2004.

Voyons les choses de manière pragmatique : le mariage est une institution trop importante dans le droit français et dans la société pour qu’il puisse être supprimé à court ou moyen terme. D’autre part, c’est aussi la force du droit que d’avoir affranchi le mariage de la religion.

Avant que mon hypothétique mariage ne provoque une guerre civile, voilà mon bilan, forcément subjectif, de l’ouverture du mariage à tous les couples (oui, on peut tout à fait faire un bilan avant que la loi ne soit votée).

J’existe

Pendant des mois, on a parlé de garçons qui aiment les garçons et de filles qui aiment les filles. Souvent à leur place, parfois en invitant les intéressés à en parler. Je reprochais au vocable « mariage pour tous » d’invisibiliser les pédégouines, mais c’est l’inverse qui s’est produit. A force de n’entendre plus parler que de ça partout, j’étouffais. J’ai fini par ne plus lire que rarement les médias communautaires, parce qu’entendre toujours les mêmes arguments pour et contre le mariage était devenu soooo boring, mais surtout parce que le sujet était devenu tellement important pour moi qu’il suscitait une réaction épidermique.

Je me souviens de l’époque où j’étais bébé gouine et où je me sentais seule seule seule. Je vivais à la campagne, je ne connaissais pas de lesbienne, je ne voyais pas de lesbiennes à la télévision, j’étais quasiment incapable de citer le nom d’une lesbienne connue. Je me demandais comment briser cette solitude, j’écoutais la radio, j’écoutais Dalida. J’ai fini par rencontrer des filles, comme ça, et à en aimer quelques unes.

Le grand écart, du rien ou pas grand chose au trop, tout le temps.

Chaque coming-out est héroïque

Ce trop tout le temps a conduit beaucoup de personnes à prendre position. L’absence de réponse de certains amis lorsque je les ai invités à participer aux manifestations pro-égalité est lourde de sens. L’engagement sans faille de quelques autres me réchauffe le cœur. Des amis ou de simples connaissances ont fait leur coming-out ces derniers temps, à leurs proches, à leurs collègues, dans leur club de sport. Difficile de garder de la distance quand chaque jour, qui l’on est est objet de débat.

Cela nous rappelle — ou nous apprend — que le personnel est politique. Parce que la personne que je mets dans mon lit ne regarde pas que moi, mais aussi mes amis, mes collègues, ma famille, et plus largement la société toute entière, je suis out à peu près partout. Le nom de ma future épouse ou partenaire de PaCS sera mentionné en marge de mon acte de naissance.

Homophobie = sexisme

Je reprends, en le modifiant, un slogan d’Act-Up. Il est important que nous, gouines, nous rappelions à nos amis pédés que les sources de l’homophobie sont les mêmes que celles du sexisme. La peur viscérale de l’opposition de voir la différence des sexes s’estomper jusqu’à disparaître, l’érection de la maman rose et du papa bleu comme unique modèle familial satisfaisant pour les enfants, mais aussi le chahutage de la présidente de l’Assemblée nationale au cours de la première lecture du texte, en bref le sexisme, sont le fondement des propos homophobes entendus dans l’Assemblée et le Sénat (je ne les rappellerai pas ici).

Il n’y a rien d’étonnant à ce que ce soient (plutôt) des femmes qui aient défendu ce texte. Des lesbiennes bien sûr, avec le collectif « Oui oui oui » créé vers novembre 2012 pour défendre l’égalité — il n’y a pas à ma connaissance eu d’équivalent chez les garçons qui se sont plutôt appuyés sur des structures existantes. Beaucoup de femmes hétérosexuelles (Christiane Taubira et Dominique Bertinoti, Esther Benbassa, Corinne Narassiguin et Chantal Jouanno) ont été particulièrement présentes dans les débats.

Les pédés sont des privilégiés comme les autres, et c’est à nous de leur rappeler que des femmes se sont battues pour eux, que le sexisme nourrit l’homophobie.

La fin des demoiselles en détresse

Un peu après mon coming-out, une amie m’a offert « Princesse aime princesse » de Lisa Mandel. Elle m’indiqua plus tard que son choix s’était d’abord porté sur « Fun Home » d’Alison Bechdel mais qu’elle ne l’avait pas trouvé à temps pour mon anniversaire.

En droit français, le mariage n’est plus une institution patriarcale depuis 2002 : la loi relative à l’autorité parentale établit des droits et devoirs égaux entre pères et mères. Pour ce qui est de sa représentation sociale, il faudra encore attendre. Mais le mariage sera ce que nous en faisons. Le mariage entre deux filles n’est plus une institution patriarcale — à moins que l’on ne me demande qui fait l’homme et qui fait la femme dans le couple. Et bien sûr qu’il y a des inégalités dans le couple. Elles existent qu’il y ait ou non mariage (et le mariage tend au contraire à protéger les deux épouses).

Ce n’est pas parce qu’on va se marier qu’on va oublier notre conscience communautaire. Je n’oublierai pas le bien que m’a fait cette BD avec cette histoire d’amour trop mignonne entre deux jeunes filles, je n’oublierai pas cette émission de radio que j’écoutais en cachette de mes parents, je n’oublierai pas les propos homophobes stigmatisants tenus par des élus représentant la Nation au cours des débats, je n’oublierai pas Wilfred, je n’oublierai pas nos manifestations, nos bars, nos associations, je n’oublierai pas notre fierté.

« Mais maintenant que vous avez le mariage, c’est fini non ? »

Non, ce n’est pas fini. Non non et non. Pendant quelques mois, le mariage et l’adoption ont été les seules revendications LGBT visibles, parce qu’elles étaient l’objet d’un débat public. En dehors des « pro » et des « anti », personne n’a suivi les interrogations à propos de la PMA et de la GPA (sondage réalisé sur l’échantillon tout à fait représentatif de mes collègues). Il y a eu un accord concernant l’homophobie signé par neuf entreprises (il y avait 3 511 511 entreprises en France en 2011 d’après l’INSEE, dont 199 292 comptant plus de 10 salariés).

On n’a pas entendu parler des trans’, parce que les hétéros et les pédégouines n’en ont rien à foutre des trans’. Pourtant, le mariage homosexuel existe depuis une décision d’octobre 2012 de la cour d’appel de Rennes confirmant la modification de l’état civil (en l’espèce le sexe) d’une personne, sans dissoudre son mariage.

L’euphorie du mariage pour tous ne doit pas nous faire oublier l’abandon de la PMA, l’invisibilisation de toutes les revendications trans, ni l’absence de politiques publiques fortes en matière de lutte contre l’homophobie et contre le sida. Restons vigilants.

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Quand nos luttes sont instrumentalisées

israel-mini

S’il y’a une chose qui m’a toujours agacée, c’est bien le sentiment qu’on me confisque ma voix. Etant lesbienne, je subis la double peine d’être invisible en tant que femme dans la société, et dans la communauté « LGBT » (ou plus honnêtement, « GGGG »). Je dispose déjà de peu de temps de parole.

J’ai donc énormément de mal avec la récupération des luttes, notamment celles qui me concernent directement, à savoir les « Droits LGBT » et le féminisme. Cela peut prendre plusieurs formes, comme la promotion du mariage à des fins économiques, mais aussi impérialistes et colonialistes. J’appelle ca du pinkwashing – au sens large -, on peut aussi parler d’homonationalisme dans certains cas.

Qu’est ce que le pinkwashing? C’est ça:

"Soutenir la Palestine = Soutenir l'oppression des gays Soutenir Israel = Soutenir une réelle démocratie

« Soutenir la Palestine = Soutenir l’oppression des gays Soutenir Israel = Soutenir une véritable démocratie »

A l’origine, il s’agit de l’instrumentalisation des « LGBT » (ou « GGGG ») sous la forme de la promotion de leurs droits et de la manière dont ils sont plutôt bien traités, accueillis en Israël, afin d’atténuer les critiques de l’occupation israélienne, du siège sur Gaza ou encore des violences envers les Palestiniens.

Cette stratégie, qui porte le nom de hasbara (ou « explication »), a été reconnue par Israël lui-même. (1) (2) (3)

On peut donc lire dans le Jerusalem post que le Ministère des Affaires Etrangères « promeut l’Israël gay dans le cadre d’une de ses campagnes, visant par là à contrer les stéréotypes négatifs sur Israël chez les progressistes Américains et Européens ».

Un exemple clair de cette stratégie a été la vidéo de « Marc » tweetée par le Bureau de Presse Israélien, dans laquelle celui-là se plaignait d’avoir été écarté de la flottille pour Gaza en raison de son orientation sexuelle, accusant ainsi les activistes d’homophobie. « Marc » s’est plus tard avéré être un acteur et son récit, fallacieux.

En Novembre 2011 Sarah Schulman, une activiste américaine ouvertement lesbienne et membre de Jewish Voice For Peace, a publié dans le New York Times un article d’opinion présentant la stratégie israélienne de pinkwashing, l’une des premières grandes médiatisations de cette méthode. Elle y décrit celle-ci comme la « récupération des homos blancs par des forces politiques anti-immigrés et anti-Musulmans en Europe de l’Ouest et en Israël« .

En citation dans l’article, Aeyal Gross, professeur de droit à Tel-Aviv affirme que « les droits LGBT sont essentiellement devenus un outil de communication ».

Schulman a plus tard publié sur Mondoweiss une chronologie très détaillée de l’articulation du pinkwashing, officiellement apparu en 2005.

L’argument souvent avancé selon lequel les « LGBT » seraient donc non seulement mieux lotis en Israël qu’en Palestine (et partout ailleurs au Moyen Orient) mais fuiraient ces territoires pour y demander asile efface par ailleurs les voix des LGBT de pays arabes. Plusieurs associations se sont érigées afin de faire entendre leurs voix et leur dissidence par rapport à cette idée.

alQaws (association Palestinienne pour la diversité de genres et d’orientations) a été fondée dans le but de contribuer à construire une société Palestinienne ouverte et diverse. Sa présidente, Haneen Mailey, appelle à « cesser de parler en son nom« , en précisant « si vous voulez me faire une faveur, arrêtez de bombarder mes amis« , démontrant ainsi comment la parole queer, spécifiquement la parole de queers Palestiniens, a été confisquée et instrumentalisée au delà de toute considération pour leurs intérêts (« Quand je me fais arrêter à un checkpoint, la sexualité du soldat qui m’arrête a peu d’importance« , dit elle en faisant référence au droit des gays à rejoindre l’armée israélienne).

Une seconde association Palestinienne, « Palestinian Queers for BDS« , est directement axée sur l’appel au boycott d’Israël.

Si la notion de pinkwashing désignait à l’origine l’occupation israélienne, elle peut néanmoins s’étendre à d’autres pays, et d’autres causes. L’association libanaise Helem l’évoque par exemple au sujet des invasions de l’Irak et de l’Afghanistan dans cette interview (à mon sens une ressource précieuse sur le sujet).

« Une autre question qui a contribué à établir Helem a été le début de l’ingérence de groupes LGBT européens dans les droits des LGBT libanais, et leur tentative de parler à leur place. Une part importante de cette ingérence a été articulée politiquement autour des interventions des Etats-Unis et des Nations Unies — donnant l’impression que les droits de l’Homme, les droits des femmes et dans ce cas les droits LGBT au Liban et dans le monde arabe nécessitaient une intervention de l’ONU et des Etats Unis. »

(…) « Un certain nombre d’Occidentaux se servaient des droits de l’Homme dans les mondes musulman et arabe comme d’une justification pour intervenir, comme ils l’ont fait en Afghanistan avec les droits des femmes. »

(…) « Des voix occidentales prétendent souvent parler au nom des LGBT libanais alors que notre oppression est en réalité utilisée pour justifier une intervention occidentale, sans grande considération pour nos vies. »

On a également pu constater ce phénomène en France avant l’invasion de l’Afghanistan, avec le mythe des petites afghanes aux mains coupées pour avoir porté du vernis à ongles.

Alain Gresh a parlé de cet intérêt orientaliste souvent feint et hypocrite pour les droits des femmes dans cet article:

Si la liberté des femmes en Afghanistan préoccupait tellement l’Occident, on se demande pourquoi celui-ci n’a pas soutenu le régime communiste de Kaboul entre 1978 et 1992. A aucune autre période de l’histoire de ce pays, les femmes n’ont disposé d’autant de droits…

Et l’émergence de ce prodigieux intérêt pour le droit des femmes ne s’arrête pas là, on a par exemple pu entendre des hommes politiques « prendre notre défense » contre le voile récemment, une prise de position aux motifs islamophobes à peine dissimulés.

Le blog « Frustrated Arab » a notamment dénoncé ce phénomène suite à un article de Mona Eltahawy dépeignant uniformément les hommes arabes comme les oppresseurs des femmes.

« Mona Eltahawy has penned both men and women into a non-negotiable situation, charging men with hatred and women with helplessness; and as a woman of colour, of Middle Eastern origin, I will not allow my voice to be co-opted. « 

L’homonationalisme peut prendre une définition à mon avis encore plus large. Il englobe le croisement nationalisme avec la cause gay, mais sert aussi à redorer l’image de l’armée (Don’t Ask Don’t Tell en étant une parfaite manifestation) et des causes impérialistes (invasions violentes de pays au profit de l’industrie de l’armement, par exemple).

En bref, l’homonationalisme, c’est ça:

Bilerico a résumé la question dans un article, en remettant en question la lutte pour le droit des gays à servir dans l’armée.

Ce nouveau droit à servir ouvertement dans l’armée ne ressemble pas du tout à un « droit ». Les gays d’Amérique ont été détournés de l’antimilitarisme vers une cause que le gouvernement nous a présentée comme honorable. Le désir LGBT d’inclusion a remplacé ce qui devrait être le but principal de tous les mouvements militants: la Paix.

Je partage cet avis. Il m’est tout bonnement impensable de me battre de quelque manière que ce soit pour grossir les rangs d’une armée, ca va à l’encontre de tout ce que je défends: la paix, le respect de l’autodétermination, la lutte contre le lobbying de l’industrie de la défense. La lutte contre les carnages. Mon militantisme féministe, mon militantisme LGBT ne peut pas cautionner le million de morts en Irak, la moitié des bébés qui naissent encore avec des malformations à Fallujah et Bassora à cause des bombes.

Les campagnes homonationalistes omettent par ailleurs soigneusement de rappeler que l’homophobie est bien souvent un héritage de la colonisation; ainsi que le souligne Schulman dans son article du NYT, les lois criminalisant l’homosexualité en Jordanie (et Cisjordanie aujourd’hui) trouvaient leur origine dans le mandat britannique. De même, les lois homophobes au Liban sont l’héritage de la colonisation. (1) C’est vrai pour le continent Africain également. (2) (3) (4)

Pourquoi tout ceci me concerne-t-il? D’une part parce que j’ai un intérêt profond pour les droits de l’Homme, contre la guerre, contre l’impérialisme. Je considère au demeurant que « personne n’est libre tant que tout le monde n’est pas libre » (Emma Lazarus? L’internet n’est pas sûr mais la phrase me parle)

D’autre part, et plus directement, parce qu’on m’a impliquée dans cette histoire sans me consulter, en confisquant doublement ma parole (en tant que femme puis en tant que lesbienne) et en l’instrumentalisant.

-JanisBing

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A mes potes pédés et aux autres

C’est des Frustrées c’est pour ça qu’elles gueulent.
Vos Gueules, les hystériques !
Elles sont frustrées.
Faudrait se cotiser pour leur offrir des godes.
Vos Gueules les Poissonnières.
Elles vont pouvoir retourner dans leur cuisine.

Ce petit florilège ne se veut pas exhaustif et il vous semblera probablement familier. On y retrouve avec joie les piques habituelles que l’on lance aux femmes qui ouvrent leur gueule. On les tacle pas pour ce qu’elles disent mais pour ce qu’elles sont. On les renvoie de manière très fine à leur obligation d’enfanter et de rester enfermées dans la maison. Si elles gueulent c’est que leurs maris leur en ont pas assez mis.

Les attaques contre les bêtises et la violence de Boutin et Barjot sont justifiées, ô combien justifiées. Et vous en profitez pour justifier votre misogynie comme un ras-le-bol, comme une réaction à leur violence contre  » la communauté « .

La communauté … la communauté dans laquelle il y a des meufs, il y a des meufs trans, des meufs cis, des meufs gouines, des meufs bi, dans meufs pans’. Des meufs qui depuis des années vous voient accaparer le haut du pavé, justifier les invisibilisations lexicales par la « simplification ». « Tu comprendras on sera mieux entendus comme ça. » Des meufs qui voient les valeurs stéréotypiquement masculines toujours portées aux nues dans la dite-communauté.

Ces meufs vous voient désormais attaquer ces femmes, qui sont autant leurs ennemies que les vôtres, non pas sur ce qu’elles disent ou ce qu’elles font mais bien parce que ce sont des femmes, en dénigrant chez elles, non pas leur haine et leur bêtise, mais l’outrecuidance de la femme qui est sortie de chez elle et qui parle dans l’espace public.

Certains diront « oui mais elles défendent le modèle traditionnel, c’est un juste retour de bâton ».

Non, si on veut s’attaquer au modèle traditionnel, à la merde qu’il représente, on ne peut pas l’utiliser comme ça.

Les meufs de votre précieuse communauté font l’objet tous les jours de ces mêmes insultes, ces mêmes méthodes de silenciation, de renvoi à notre féminité qui ferait mieux de se la fermer tous les jours, à chaque fois qu’on ouvre la gueule pour demander des droits. Si vous n’en avez jamais été témoins, c’est sans doute que vous n’avez pas encore compris que nous sommes là aussi.

Alors défoncez la haine autant que vous voudrez, mais ne vous étonnez pas de voir des «meufs de votre camp» vous tomber dessus si vous utilisez la misogynie des pires fachos.

Une gouine.

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