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Jouir sans entrave du Pays de Candy

Y’a de la virilité dans ses paillettes et de l’agressivité dans ses talons de 12.

La fem-ité crée de la puissance dans les codes féminins.
Puissance d’autant plus renforcée qu’elle te sortirait de l’invisibilité, le Grâal de la fem.
On veut gagner sur tous les plans, clouer le bec de tout le monde, tordre le cou de tous les clichés : ceux qui veulent que tu sois docile parce que meuf, masculine parce que gouine, idiote parce que féminine. On pirate le sens du féminin, on retire de la puissance de ce qui est précisément conçu pour nous maintenir au sol.

Fermer la gueule des mecs, je crois qu’on se débrouille bien. On est des bombasses agressives et vulgaires qu’ils n’auront jamais. Et puis on ne leur doit rien, on a besoin d’eux pour rien.

Par contre, là, ce qu’on avait pas vu venir et qui schlingue carrément, ce sont les féministes hétéros qui nous prennent pour des dindes parce qu’on est féminines – donc plus oppressées qu’elles par le patriarcat. Faudrait voir à pas oublier que ce sont elles qui s’engagent dans une vie entière à se coltiner un ou des mecs, elles qui décident de relationner et de se foutre dans un micmac incroyable d’injonctions, de contradictions, de compromis, bref d’emmerdes. Bon courage à elles. Parait qu’on est féminines “pour les autres”, comprendre “pour les mecs”. Rien que ce raccourci pue la misogynie. Ah ces féministes hétéro qui rient grassement avec toi quand tu parles de poils mais te traitent comme un clébard nerveusement accroché à leur jambe quand tu défends ta féminité. Celles qui critiquent les Femen pour leur nudité. Celles qui grimacent dès qu’une meuf un peu trop apprêtée vient leur faire la leçon.

(petite digression pédagogique)
Ce qu’on qualifie traditionnellement de féminin n’est pas intrinsèquement mauvais (ou enfantin/stupide/superficiel). C’est parce qu’on appose l’étiquette féminin à une chose qu’elle est ensuite perçue comme mauvaise (ou enfantine/stupide/superficielle).
Par exemple, quand je m’essaye à critiquer les représentations de meufs dans les médias, très vite c’est le serpent qui se mord la queue :
Exemple #1 : cette meuf est trop passive alors que le mec gère tout, pfff c’est trop sexiste.
Exemple #2 : cette meuf est trop control freak, encore la rengaine du care, l’image de La Mère, pfff c’est trop sexiste.
T’as remarqué comme à aucun moment, c’est la représentation du mec qui me dérange ? Non lui il est tranquille, assisté ou directif, ça roule.
C’est pas le fait d’être passif ou control freak qui m’emmerde ici (puisque quand c’est un mec qui l’est, c’est o-kay), c’est le féminin. Tout ce qui ce rapporte à une meuf devient subitement négatif.

Conclusion : Jeter sous le bus les meufs féminines et valoriser la masculinité comme émancipation, c’est de la misogynie.
Si le but de ton féminisme est de désigner celles qui sont trop-moins-féministes, trop-plus-oppressées que toi, tu ne fais pas du féminisme.
Quand tes attaques envers des meufs (sur leur nudité, leur superficialité, leur féminité) pourraient être prononcées mot pour mot par “l’autre camp”, il est temps de la fermer.
(fin de la digression pédagogique)

Réaction #1 des féministes misogynes : “Maiiiis on parle pas des fems quand on critique (insérer ici : le maquillage, l’épilation, la mode, etc.)”.
Oh tu parles pas de moi ? Oh bah roule hé cocotte, tout va bien !
C’est problématique pour 2 raisons : elles nous excluent tout bonnement du propos féministe, les lesbiennes n’existent pas – ce qui est carrément insultant (le féminisme c’est pour les vraies meufs qui ont des problèmes concrets, c’est-à-dire des meufs hétéros) en plus de ne pas résoudre le problème : de qui parlez-vous alors ? Qui est cette cruche sinon un épouvantail misogyne ? Qu’est-ce qui me sépare de cette meuf, quelles sont alors les règles à ne pas transgresser pour ne pas être cette meuf, enfantine/stupide/superficielle dont tu parles ? Y’a-t-il un cahier des charges ?

Comme tout épouvantail misogyne (le plus connu étant celui de la putain), il contraint toutes les femmes puisqu’il leur dicte à toutes une conduite respectable pour (espérer) échapper à l’insulte.

Réaction #2 : Y’a pas à chier, vous parlez de nous. Nous tombons sous le coup de l’insulte et elle sort de votre bouche. Nous, écervelées peinturlurées et incapables de nous rendre compte que nous faisons de la féminité pour les autres. Vous oubliez que notre existence ne répond aux injonctions de personne, qu’elle ne plaît à personne. As-tu vu une meuf être gouine pour faire plaisir au monde, parce que c’est ce qu’on attend d’elle ? Nous sommes malgré les autres, nous vivons-aimons-désaimons malgré les autres, et voire carrément pour faire chier. Avec insolence. Alors meuf, reviens nous donner des leçons d’indocilité.

Maintenant qu’on a retaillé le costard des détracteurs, il s’agirait de partager le plaisir avec notre communauté.
Ce qui implique qu’on soit visible. Allez bim, encore une embûche.
Des agents infiltrées avec seulement nos potes et nos meufs comme complices. Un monde souterrain carrément.
La visibilité enfin, pour danser sur les cendres d’hétéroland, et achever de leur foutre à l’envers.
La féminité peut être sacrément festive dégagée des oppressions, dégagée du regard avilissant du cis mâle. Un bon clip de pop avec personne pour venir s’inquiéter de “la dignitéeuh de l’imagean de LaFâme”. On prend les deux plaisirs à la fois : on est émetteur-récepteur de la féminité, on peut jouir sans entrave du Pays de Candy. Du gros trolling même : imagine un royaume de clichés de meufs inaccessible au male gaze. On exige pas moins que le beurre, l’argent du beurre, le cul de la crémière (si elle veut). Avoue que c’est quand même un gros kiffe ?

Enid B.

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Injonctions contradictoires, contraintes multiples et théorisation incomplète.

L’un des axes de lutte du féminisme consiste à repérer, notamment par la théorisation à partir de l’expérience, les injonctions faites aux femmes dans le régime du patriarcat pour correspondre à de « vraies femmes ». De l’apparence physique aux traits de caractère, des aspirations les plus futiles aux plus profondes, ces injonctions sont mises à jour. L’adhésion à ces injonctions encadre, dans le patriarcat, la vie des femmes et crée des catégories entre bonnes et mauvaises, celles dignes d’être respectées et celles dont la vie ne vaut rien. Mais, plus encore, ces normes sont exploitées et parfois même raffinées par des industries diverses (beauté, tourisme, mode, loisirs, livre) qui s’en servent pour créer des besoins auxquels leurs produits seront tout naturellement adaptés et permettront ainsi à des multinationales de prospérer. Si cette logique est plutôt simple, le travail d’excavation des injonctions est, lui, ardu.

 

Considérer que ces injonctions vont dans un seul sens est cependant erroné : en effet, l’une des particularités du patriarcat se situe dans la manière dont celles-ci vont se contredire. On peut le voir à travers l’un des exemples les plus couramment utilisés, celui de la sexualité. L’équilibre à atteindre se trouve entre la salope et la femme trop peu dégourdie. L’équilibre tel qu’il est vanté par les magazines féminins qui vendent des astuces pour trouver ce parfait mélange, cette mixologie gagnante. Ce point idéal n’existe bien sûr pas, mais continue à faire vendre livres, tests et tutoriaux, il fournit également les munitions pour culpabiliser, insulter, agresser toutes les femmes, tour à tour pratiquant trop ou pas assez le sexe. On trouvera des justifications du viol sur celles qui l’ont bien cherché par leurs tenues trop provocatrices, mais on verra aussi des justifications du harcèlement de celles qui ne le seraient pas assez.

 

Pourtant, on continue de se poser la question de ce qu’il faut faire avec ces injonctions, une fois découvertes. Cette interrogation est généralement celle qui pose le plus de problèmes dans les milieux féministes. Peu de groupes (ou même de mouvements moins formellement organisés) ont élaboré des programmes éthiques d’action à partir de ses injonctions. La recréation d’injonctions destinées, si elles étaient suivies, à abattre le patriarcat par la seule force du non-alignement aux prescriptions patriarcales, n’est que très peu proposée.

Le consensus entre militantEs semble se positionner sur l’importance de la liberté, et la possibilité de choisir, une fois ces injonctions mises à jour. L’enjeu crucial se situe donc dans l’information, l’éducation et la description des discours prescriptifs dans le patriarcat. En clair : chercher à montrer la diversité derrière l’obligation.

 

Pourtant, on constate que cette possibilité de choix s’accompagne souvent de mea culpa aux formes diverses et variées, d’excuses ou de justifications sur les raisons pour lesquelles on suit encore les injonctions du patriarcat telles qu’elles ont été comprises par le féminisme.

Comme si on avait besoin de justifier à un confesseur sa non fidélité à la doctrine.

Ces pratiques ne sont bien évidemment pas codifiées, encore moins institutionnalisées, mais elles se retrouvent, quand les discussions passent des agendas et actions militantes à ce qui était auparavant confiné aux sphères du personnel. Les excuses et la culpabilité sont bien sûr rejetées quand on s’essaie à la théorisation. On cherche cependant bien à mettre sur papier, que « non, définitivement non, si on suit ce qui a été identifié comme une injonction patriarcale, même après y avoir réfléchi, même après l’avoir décortiquée, on ne fait rien contre le patriarcat ». Voire pire, en suivant ces règles implicites pour femmes respectables, on contribue quand même un peu à le faire perdurer.

 

La constitution d’objectifs politiques de lutte, même peu formalisés, fondés sur le non respect de ces injonctions, rassure. Elle donne l’impression d’avancer quand il s’agit d’injonctions désignées comme mineures et permet de désigner des modèles d’émancipation plus avancés. Elle permet aussi de proposer une mesure tangible des progrès du féminisme.

 

Ces processus se jouent cependant largement aux dépends de celles et de ceux qui se retrouvent à l’intersection de divers systèmes de domination, le patriarcat agissant en conjonction avec d’autres systèmes de domination tels que suprématie blanche, hétérosexisme, cissexisme, domination de classe. Si on a mis en évidence certaines injonctions contradictoires, les points d’intersectionnalité multiplient leurs occurrences et fabriquent des situations dans lesquelles il n’est pas possible de gagner.

 

L’année dernière, des féministes américaines ont mis en avant la manière les injonctions paradoxales qui émaillaient le programme des Républicains et atteignaient particulièrement les femmes noires et latina américaines, qui sont nombreuses parmi les femmes économiquement les plus défavorisées. Un candidat républicain en effet proposait dans un premier temps de célébrer les femmes faisant « le plus beau métier du monde » et restaient à la maison pour s’occuper de leurs enfants en opposition à celles qui lui donnaient du fil à retordre dans les arènes politiques. Dans le même temps, ce candidat expliquait « qu’effectivement, laisser ses enfants derrière soi à la maison était difficile, mais que c’était ce qu’il fallait, et que prendre un troisième travail alors qu’on faisait déjà 50 heures, oui c’était difficile, mais c’était le moyen de s’en sortir et les mères savent bien qu’on doit faire des sacrifices » et, en conséquence, il se devait de couper les fonds des programmes de food stamps pour apprendre aux gens à se débrouiller par eux-mêmes. Un seul Républicain les a formulées aussi clairement, mais cet exemple d’injonctions traverse le mouvement républicain et leur permet de mettre en péril des programmes de subsistances déjà très précaires et dont la pérennité est actuellement essentielle pour la survie de millions de personnes.

 

Des femmes féministes trans ont bien résumé en quoi les injonctions à la féminité physique était une situation dans laquelle il est impossible de sortir gagnante. Caricature de féminité ou pas assez femme, elles perdent à tous les coups et sont l’objet de moqueries, harcèlements, attaques en raison de ces injonctions.

 

Les pratiques de résistance aux injonctions ne peuvent pas aller dans un seul sens, elles ne seront pas toutes les mêmes, notamment parce que ces injonctions sont contradictoires et qu’elles ne nous touchent pas touTEs de la même manière. Le travail de recherche, de documentation et de vulgarisation semble constituer l’une des meilleures pistes de luttes. D’abord parce que, et nombreuxSES sont ceLLEux qui l’ont correctement diagnostiqué, les systèmes de domination sont aussi dans nos têtes. Si on se place dans l’objectif d’une lutte intersectionnelle de ces systèmes de domination, il en découle que les personnes se situant aux intersections subissent les assauts mentaux de tous ces systèmes et que leur manière de s’y rebeller sera une réponse à ceux-ci.

 

Il ne s’agit pas ici de dire que nous sommes tous différents et que toute analyse globalisante n’est envisageable. Il s’agit de dire que souvent l’analyse simplifie et théorise de façon incomplète. Fonder des moyens de luttes sur le fruit de ces théories et recréer des manuels des parfaitEs soldatEs anti-sexistes est voué à l’échec, d’abord parce qu’il risque l’abandon des questionnements de nos pratiques pour un prêt-à-penser, ensuite parce qu’il fera nécessairement l’économie de penser la place des injonctions contradictoires. Alors peut-être qu’en effet la manière dont nous nous comportons faces aux injonctions laissera penser que nous nous y soumettons (comment faire autrement si on nous soumet à deux injonctions diamétralement opposées), d’autrefois elle apparaîtra radicalement opposée à ce que d’autres militantEs ont choisi de faire. Peut être devons-nous faire le pari que nos camarades de luttes aussi pensent, réfléchissent, sont prêtEs à remettre leurs actes en question, l’ont sans doute déjà fait mais s’inscrivent aussi dans une démarche de résistance à des systèmes de domination. Peut être devrions-nous arrêter de vouloir sauver les autres à coup de méthodes pour devenir une parfaite féministe à l’abri dans son îlot hors du patriarcat mais bien leur donner des outils tels que des réflexions à plusieurs, un respect des non-mixités, des moyens matériels si nous en avons, du soutien pour nous permettre de comprendre la manière dont les prescriptions des systèmes de domination pèsent sur nos existences et mettre en place nos stratégies de résistance aussi variées soient-elles.

 

On m’accusera peut-être de prôner un féminisme du libre choix prêt à être adopté par le libéralisme économique.

Je pense, d’une part, que l’information maximale et la lutte collective basée sur des solidarités informées, que je prône, sont quelques-uns des pires ennemis des organisations capitalistes (qui fonctionnent actuellement par le maintien dans l’ignorance des masses consommatrices et individualistes) ; d’autre part, je pense que la tendance à la création d’injonctions réponses, de manuels de petitEs militantEs permet la création de marché économique à l’intérieur du féminisme et la marchandisation des groupes militants, favorisant toujours les personnes les plus économiquement dominantes à l’intérieur même de ces groupes.

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Fem & Pouvoir.

Je suis pas fan des étiquettes, des petits mots qu’on s’appose sur la peau pour se réduire. Mais je suis gouine et plutôt féminine. C’est-à-dire que je suis à l’intersection de la lesbophobie et du sexisme. Avec d’autres, on appelle ça la femphobie. Au départ, il y a la silenciation, le refus d’entendre et le refus de croire. Je suis fem parce qu’on ne me croit jamais quand je dis que je suis gouine. Sans aucune exception, tou-te-s les hétéros et toutes les gouines que j’ai rencontrés s’accordent sur ce point : je fais pas gouine. Du pote avec qui tu discutes en soirée, jusqu’à la meuf dans ton lit : « mais mais t’es sûre que t’es gouine ? ».

Puisque visiblement, il est nécessaire de se justifier : disons que je suis fem.

 

En quoi fem est-elle une réponse à la lesbophobie ?

J’essaie, avec mes petits bras délicats, de démonter la gueule de l’idée selon laquelle « ça se voit ». À la taille de tes ongles, de tes cheveux, Non si tu me croises dans la rue, tu ne peux pas savoir quel était le genre de mes trois dernier-e-s partenaires. Devine quoi ? C’est vrai pour toutes les personnes que tu croises ! En fait, les fems vont sauver l’humanité de tes prêts-à-penser à la con.

Non, parce que je porte les cheveux longs, un mini-short, des résilles et du vernis rose pétasse, tu n’as pas le droit de croire que je suis hétéro.

 

En quoi fem est-elle une tarte dans la gueule du sexisme ?

Parce que c’est quand même bizarre hein, que ce soit la voix des plus féminines qui soit toujours minorée, ridiculisée.

Ma fem-ité et mon féminisme marchent ensemble.

Fem, c’est de la féminité acquise, réappropriée.

C’est redire encore et encore, que porter des talons et des minis n’a pas grand chose à voir avec le fait d’être meuf.

Je ne suis pas plus légitime à porter des résilles que qui que ce soit. Je ne suis pas né* prédisposé* au rouge à lèvres. Comme n’importe quel être humain, si je veux tenir en talon de douze, je devrais d’abord me péter la gueule pour apprendre. Je devrais apprendre quelle crème mettre sur ma peau, comment coiffer mes cheveux, me vernir les ongles sans trop dépasser (23 ans, je sais toujours pas colorier dans les bords), m’épiler les sourcils.

Je suis fem parce que je sais que c’est un atelier, que je ne prends pas tout et pas tous les jours, que j’ai un niveau bien planté dans le crâne et que la bulle est bien au centre quand je suis maquillée et poilue, quand au bout de mes jambes à résilles, j’ai des baskets de skate, que je ne pique les fringues de mon père qu’à condition d’avoir les cheveux longs et un peu de vernis.

 

Être fem ne fait pas de moi une vraie fille.

Me maquiller les yeux ne me rend pas meilleure que celle qui se maquille la moustache.

Je n’utilise pas ma fém-ité comme un outil de compétitivité. Je ne l’utilise pas pour me placer au dessus des autres sur le marché de la meuf.

Être fem alimente ma sororité, mon respect pour celles qui y arrivent plus que moi, qui y ont mis plus d’effort ou plus de goût. T’enflammes pas pétasse, tu sais moi j’te trouve vraiment classe.

Je sais que ton amour des mini-jupes n’a rien à voir avec tes statistiques sexuelles, qui elles-mêmes n’ont rien à voir avec la choucroute.

Être fem implique de ne pas rabaisser les autres selon leur façon de se fém-iser, d’essayer de ne pas me rabaisser moi-même en comparaison.

C’est prendre conscience qu’on peut retirer un certain pouvoir de la fem-ité et essayer de le redistribuer. La fem-ité me place parfois à un niveau confortable (?) sur l’échelle de la beautécratie et sur celle de l’hétérosexisme.

Il m’arrive de passer pour jolie, c’est-à-dire conforme aux normes de beauté et que les gens m’écoutent plus pour cette raison, d’être considérée plus humaine. Parfois c’est tout l’inverse. Je passe très souvent pour hétéro, même mécanisme : plus écoutée, identité neutre, certifié humain. Au dos de cette pièce, il y a toujours la douloureuse et problématique invisibilité.

 

Être fem n’est pas un privilège parce qu’on vit dans un monde sexiste, mais parce que ce sexisme est complexe, la femité offre parfois des zones de répit.

 

Je suis fem parce que je refuse de craindre l’épouvantail de la potiche ou de la salope. Je ris à la tronche de ton épouvantail, je le désamorce.

Je vais prendre tous tes symboles de merde et je vais mettre une personne pas du tout comme tu veux dedans.

Je vais pirater tes codes.

Je suis gouine, branleuse, misanthrope et certains jours je te jure que j’ai la gueule à Barbie. Et ça ne fait pas de moi une idiote.

Je le fais pour personne, pas pour le patriarcat, pas même pour les meufs.

 

Enid B.

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