Nos identités sont politiques

Les choses aléatoires m’avaient dit que si j’avais envie de mettre un texte ici j’étais la bienvenue. Du coup Cassandra prend le clavier pour un petit texte en mode divergence des luttes.  Suite à la mort de Clément Méric il y a eu un rassemblement dans ma ville, l’asso militante LGBT a relayé cet appel à rassemblement et j’ai pu lire ceci (j’ai mis certains passages en gras) :

« […] Attention aux prises de position trop rapides au nom de [l’Asso]. Souvenez-vous que nous ne sommes pas un parti politique. » G.B

« faudrait peut être arreter de manifester pour n importe quoi… je respecte ce militant mais je vois pas pourquoi moi gay devrais je manifester… vu l ambiance actuelle la discretion serait pas un mal » L.L.G

« [L’Asso] est extrème gauche ! Je ne vois pas le rapport avec un centre lgbt… La politique ne devrait avoir aucun rapport avec [l’Asso]… » C.L

« Cet assassinat n’est que politique et n’a rien à voir avec le combat que [l’Asso] mène ! » L.L.G

« Quelque soit son bord ou sa famille politique tout le monde pouvait manifester pour ou contre le mariage pour tous , preuve qu’il n’y avait rien de politique contrairement à cet événement tragique… » L.L.G

« Je ne vois toujours aucun rapport avec la politique et une asso gay. […] » C.L)

Je trouve insupportable le fait que certain-e-s assimilent les antifas aux fascistes qu’iels combattent (en les présentant comme tout aussi violents, ne cherchant que la baston, des ultra-gauchistes, des extrémistes… comme si les deux se valaient) mais je ne parlerai pas des antifas ou de Clément Méric ici. D’autres sont plus légitimes que moi pour cela (commencer par fouiller ici me semble une bonne idée).

Je vais paraphraser deux choses aléatoires dans ce texte.
La première nous dit que nous avons tou-te-s grandi et nous vivons tou-te-s à cis-hétéro-land. La seconde nous dit que sa vie privée est toujours politique.

Nous mangeons du prosélytisme cis-hétéro-patriarcal dès la naissance. La propagande cis-hétéro-sexiste est partout. Dans les jeux qu’on nous offre quand on est enfant. Dans les livres qu’on nous lit enfant et que nous lisons en grandissant. Dans ce que nous voyons à la télé. Dans les contes, dans les légendes, dans les mythes. C’est sur le net. C’est dans nos rues. Ce sont nos familles, nos ami-e-s, nos collègues de travail. Et c’est un peu en nous.

Une amie a récemment annoncé sur Facebook qu’elle était enceinte d’un garçon, il y a un an elle accouchait d’une fille.
Il faudra acheter des vêtements pour garçons ont dit certain-e-s.
Il ne reste qu’à lui acheter un armure, une épée à deux mains, des dès [pour le jdr] et un ballon de rugby, a ajouté quelqu’un-e.
Moi j’ai félicité cette amie et j’ai eu un petit pincement de cœur pour cet enfant.

Pas encore né et déjà cantonné à un rôle genré. Si ça continue on va créer des perruques pour les bébés (je refuse de vivre dans un monde où ceci n’est pas un fake), histoire d’enfermer au plus tôt l’enfant dans un carcan de genre.
Les opposant-e-s de la « Théorie Du Gender » prétendent que les différences de comportement entre leurs garçons et leurs filles relèvent de la nature, de l’inné. Iels s’opposent à ce qu’on essaye de rétablir un peu d’égalité entre fille et garçon en CP, cela risquerait de perturber leurs enfants. C’est clair que ce serait dommage de ruiner 6 années de bourrage de crâne intensif pour faire entrer les enfants dans des normes transphobes, homophobes et sexistes.

Qu’est-ce qui est privé et qu’est-ce qui est public dans nos vies?

Les sentiments homos devraient rester de l’ordre de la vie privé. Pas le droit de se tenir la main, pas le droit de s’embrasser, pas le droit de parler de nos sentiments, pas le droit de les montrer. Je suis prête à parier que les militant-e-s de la manifestation dite pour tous seraient ravi-e-s de voir la France faire comme la Russie et interdire le « prosélytisme homosexuel », menacé-e-s de prison ou d’amende si on montre ou parle de nos sentiments homos, mais sans homophobie aucune.
A côté de cela le fait que des hétéros s’affichent publiquement ne semble pas poser de problème. Pendant que je prenais quelques notes pour ce texte un couple cis hétéro s’embrassait à pleine bouche. S’affichant clairement et sans peur. Ce couple était voyant, bruyant, qu’il dévoile une part de vie privée ne semblait déranger personne. Leurs sentiments ont le droit d’être publics et personne ne vient parler de prosélytisme hétérosexuel.

Les trans devraient se fondre dans la masse.
Il faut correspondre à l’archétype du genre dans lequel on se reconnait.  Surtout ne pas parler de transition.
Etre invisible.
Les trans sont souvent critiquées car iels seraient des caricatures de leur genre. Il y aurait beaucoup à dire sur cela mais je parlerais de cela une autre fois, ici ou ailleurs. Ce qu’il est important de souligner c’est que les psychiatres prétendument expert-e-s des questions trans font tout pour que les trans correspondent à ces stéréotypes de genre. Quand on ne correspond pas à la vision cis-hétéro-sexiste de ces psys on se retrouve un peu à devoir se débrouiller par soi même. Et il faut aussi rappeler que nous avons tou-te-s grandi dans une société qui est cis-hétéro-sexiste alors pourquoi un-e trans avec une vision sexiste de Lhôme™ et Lafâme™ serait plus coupable qu’un-e cis avec la même vision des choses?

Il faut croire qu’il est plus simple pour certain-e-s de considérer les trans comme allié-e-s du patriarcat plutôt que comme des victimes vivant une oppression spécifique.

Nos vies devraient donc rester privées, invisibles, au placard.
Et pourtant les cis-hétéros parlent beaucoup des trans, bi-e-s, gouines et pédés (TBGP). Nous sommes d’abord un sujet de plaisanterie pour certain-e-s. Les homos, les trans, ces Autres qui ne sont pas vraiment « nous » ahah comme iels sont drôles! Et que je t’abreuve de stéréotypes et de généralités histoire de bien se marrer et de se rassurer sur sa virilité, sa féminité, sa sexualité. Si nous sommes hors de nos placards (out) nos vies sont disséquées. Tout ce qu’on fait, pense, dit, n’est plus perçu comme l’acte, la pensée, le discours, d’un individu mais comme celui d’un-e trans, d’un-e bi-e, d’une gouine, d’un pédé. On devient « la LGBT » et on nous renvoie encore ces stéréotypes, des fantasmes nés de la peur.
Quand on est out on nous impose de bien cacher nos vies et nos sentiments et en même temps on fouille nos vies privées pour rendre public le moindre petit truc individuel, grossir le trait pour attaquer l’ensemble des TBGP.

A côté de cela les cis hétéro peuvent se dévoiler.
Les cis-hétéros ont le droit d’être publics, visibles, limite exhibitionnistes. Tout ce qui sert la propagande cis-hétéro-patriarcale peut se montrer sans problème.
Pas besoin de faire un coming out quand on est cis-hétéro. Le placard on connaît pas. Et on prendra grand soin de rappeler qu’il ne faut pas généraliser les actes d’individus. Plus de 80% des violeurs sont des hommes cis hétéros mais si on rappelle ce fait on va avoir le droit à une cohorte de mecs cis hétéros qui vont venir dire qu’il ne faut pas généraliser, qu’EUX ne sont pas comme ça. Ne pas généraliser alors qu’on a juste énoncé un fait. Nous vivons dans une société où on peut stigmatiser les « minorités » de dominé-e-s mais pas celle des dominants.
Nous vivons à cis-hétéro-land.

Et comme je l’ai dit au début ce bourrage de crane, ce lavage de cerveau pour faire de nous de bon-ne-s petit-e-s cis-hétéro-sexistes commence dès la naissance (voire avant quand on prépare la naissance de « bébé »).
Nous ne grandissons pas dans des boîtes, coupé-e-s de toute influence mais dans une société cis-hétéro-sexiste. Quand la tour Eiffel a été illuminée aux couleurs de l’arc-en-ciel on a pu voir bon nombre d’homophobes hurler contre le vilain lobby de la LGBT. Le fait qu’au final c’était en hommage à Nelson Mandela ne change rien au fait que cette réaction a prouvé que ce qui dérangeait réellement les opposant-e-s à l’égalité des droits LGBT n’était pas l’ouverture du mariage au couples homosexuels, ni la possibilité pour ces couples d’adopter ou la reconnaissance de la filiation mais juste la visibilité des LGBT. On castre bien les trans ai-je dit sur mon blog en critiquant cette volonté de nous enfermer au placard.

Parlons d’Ariño et de Bongibault, ces homosexuels que la manif dite pour tous à mis en avant ces derniers mois. Les deux ont une position de repentance par rapport à leur homosexualité, le premier en prônant l’abstinence, le second en luttant pour la supériorité naturelle du couple hétéro, reconnaissant alors sa sexualité comme naturellement inférieure (c’est ce qu’on appelle de l’hétéro-sexisme) au final deux figures qui non seulement ne dérangent nullement le cis-hétéro-patriarcat mais en plus vont dans son sens et militent pour que perdure la domination de l’homme cis hétérosexuel.

Nos vies ont donc, que nous le voulions ou non, un aspect politique. Dans une société cis-hétéro-sexiste, être visible quand on est trans et/ou bi-e, lesbienne, gay c’est un acte politique. Etre visibles (et fier-e-s) c’est montrer que contrairement à ce qu’on nous rabâche depuis la naissance le modèle cis-hétéro-sexiste n’est pas supérieur. Evidemment les assos qui font du militantisme LGBT sont politiques et quand des hommes politiques ont des discours LGBT-phobes ces assos ont le devoir de le signaler.

Militer contre l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie c’est politique. Même les assos festives et sportives LGBT sont politiques car elles font de la visibilité LGBT.

Et quand un militant contre l’homophobie est tué par un homophobe la moindre des choses est de relayer les appels au rassemblement en sa mémoire, même si la lutte contre l’homophobie n’était pas son seul combat. D’autant que la montée du fascisme n’est pas sans lien avec ces manifestations dites pour tous, c’est dans ces manifestations que les groupuscules fascistes ont pu se rencontrer, recruter et se renforcer. Les manifestations de ces derniers mois ont montré l’étendue du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie en France. Elles ont aussi montré le manque de conscience politique de la plupart des militant-e-s LGBT.

Je suis fatiguée.

Que certain-e-s ne voient pas l’aspect politique de nos vies, ne connaissent rien de notre histoire militante (ignorant parfois jusqu’au nom de Stonewall), ne savent pas comment militer sans fric, ne voient la pride que comme un événement festif.

Que certain-e-s militant-e-s tiennent des propos sexistes, racistes, validistes, transphobes, biphobes, lesbophobes, homophobes (…) ou laissent passer ce type de propos.

Et à côté de ça je survis ma vie de trans, gérer ma dysphorie un peu plus présente chaque jour, ne pas m’enfermer chez moi, essayer de rester visible, d’être politique. ne pas laisser tomber, ne pas me laisser envahir par le ras le bol. Je rêve de fuite. De tout abandonner et de me barrer et d’essayer d’oublier ma tristesse et ma colère. Mais en attendant j’écris.

– Cassandra

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Le disempowerment: Savoir quand fermer sa gueule

A peu près tout ce que je sais de la Justice Sociale, je l’ai appris sur tumblr. Les concepts de dominants, d’alliés y sont utilisés à profusion pour symboliser les rapports de force de l’oppression (ceux-ci étant bien évidemment des catégories glissantes). En effet, étant blanche, je ne subirai jamais le racisme, institutionnel ou isolé. Je n’ai jamais subi de discrimination sur la base de ma couleur de peau dans le domaine de l’éducation, du travail, de la justice ou encore de l’accès aux soins médicaux.

Je suis en revanche lesbienne, ce qui signifie que je subis au quotidien à la fois l’homophobie/la lesbophobie (deux oppressions que je préfère distinguer) et le sexisme. La liste ne s’arrête pas là, je suis également physiquement valide (mentalement, c’est moins évident), cisgenre, relativement mince (mais j’ai eu des périodes de fort surpoids, donc j’ai connu la grossophobie)  j’ai grandi en ville, sans oublier dans la classe moyenne, etc.

Tout ceci débouche sur une réalité complexe, faite d’oppression et de privilèges simultanés. Il y a des sujets sur lesquels il est légitime que je m’exprime, et d’autres sur lesquels il me faut me taire et écouter.

Une leçon très précieuse que m’a offerte tumblr est d’apprendre à savoir quand fermer sa gueule. Ca ne vient pas naturellement, étant donné qu’on m’a toujours appris à débattre, donner mon avis. Je sais, c’est dur de lire qu’au final, on n’est pas un flocon de neige unique et merveilleux, que notre parole n’est pas toujours d’or.
Donc oui, essayer de fermer sa gueule lorsqu’on n’est pas légitime, c’est important. Cela requiert de checker, constamment, ses privilèges. De reconnaître que l’on ne sait rien d’un sujet, ou que notre avis n’a tout simplement aucune importance.  C’est, pour moi, une manière de désamorcer ton privilège, autrement dit; le disempowerment. Je n’ai pas vraiment d’avis sur la démarche à adopter ensuite: ne pas utiliser la plateforme que notre privilège nous accorde, ou au contraire la céder à une personne opprimée pour qu’elle puisse s’exprimer (y’a certainement davantage de solutions auxquelles je n’ai pas pensé).

Et cela m’amène au coeur du sujet: Dominant, combattre l’oppression intériorisée c’est pas ton job. L’intériorisation de l’oppression est une technique de survie pour un opprimé. Et la lui reprocher, c’est comme foutre des claques à quelqu’un toute une journée et l’engueuler parce qu’il a mal.

Moi aussi, la misogynie chez les meufs, l’homophobie chez les queers, ca m’écoeure. Il n’empêche que j’ai perpétué les deux, et qu’à certains moments, c’était ma seule arme pour garder la tête hors de l’eau (heureusement, j’ai commencé à désapprendre toute cette merde). Si tu ne vis pas ces oppressions, tu n’as pas d’avis à avoir sur la question. Ca ne te regarde pas. Et tu n’as certainement pas à venir m’expliquer comment m’affranchir de tout cela.

mer

Jpense notamment à un certain gay(blanccisriche) qui s’est pas mal démené cette année pour nous niquer le moral. Personnellement, je pisserais bien sur son gazon. Mais je connais la violence du placard, je connais la violence de l’homophobie, la peur tétanisante du rejet parce que t’as vu des potesses se faire jeter de chez elles. De toute cette merde, j’ai hérité diverses maladies mentales, donc je suis en mesure de lui cracher dessus, j’en ai gagné le droit.

Un hétéro n’a pas la moindre idée des blessures que ca inflige, n’a pas à exiger de quelqu’un un courage qu’il n’aura lui-même jamais besoin de démontrer.

Il ne s’agit pas uniquement d’une question de légitimité. Par exemple, un homme qui vient reprocher à une femme sa misogynie intériorisée recrée une situation dans laquelle il domine celle-ci. Il parle à sa place, d’un sujet qu’elle connaît intimement, contrairement à lui. Il la silencie tout en niant son privilège, et recrée ainsi une situation de domination.

Cela donne d’ailleurs parfois lieu à des situations effarantes où le concept de ‘misogynie intériorisée’ est instrumentalisé pour piétiner les choix conscients de femmes qui décident de porter le voile, ou de mettre du rouge à lèvres et des talons. T’approprier ce concept pour perpétuer ton propre pouvoir sur les meufs, c’est pas mignon, ca fait de toi un gros caca.

Ce qu’un dominant (catégorie dont je fais parfois partie, heing) doit faire, c’est plutôt se demander: ‘Et toi, tu fais quoi pour rendre l’espace public moins oppressif pour cette personne?

-Janis Bing.

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Polyvalence, divergences.

Moi j’y ai cru.
J’ai bien aimé.
Et puis on en a vraiment besoin. D’écrire, de témoigner, d’espaces où c’est possible.
Puis j’ai lu.
Et c’est juste au détour de quelques mots, quelques phrases, toujours maladroites, toujours pas pensées comme ça. Mais je l’ai lu. Le rejet, la haine, le mépris, la stigmatisation.
« Y a deux mecs noirs » (1)
« Je suis un homme, sur le plan biologique. » (2)
« cet attardé congénital » (2)
« dans certains contextes puant l’hormone mâle » (2)
 » juste d’un fils de pute » (3)
 » Être victime de sexisme est un fait, pleurnicher de déboires entre sexes opposés en est un autre. » (4)
Et je me suis demandé si ça allait un jour changer.
Que l’on ne soit pas capable de créer des espaces où sous couvert de féminisme on fait du sexisme, du racisme, de la transphobie, de l’essentialisme, de la putophobie devrait nous faire nous interroger.
On a le droit de faire des erreurs et on a le droit de se remettre en question.
On a le droit de demander des comptes et on a le droit d’attendre des changements.
L’empathie c’est bien, lorsqu’elle ne va pas toujours dans le même sens.
Celui des privilégiéEs.
Alors c’est bien de faire des réunions, des textes, des interventions, des chartes sur la bienveillances, les dynamiques d’oppression, le safe.
Sauf que moi j’en ai rien à foutre qu’on soit bienveillantE avec moi. Et jme sens pas plus libre ou plus en sécurité entouré de féministes cis que quand je suis entouré de connards cis-het. Et je sais très bien que je ne serai jamais safe nulle part, et je m’en branle.
Je me sens pas mieux à l’intérieur que dehors et je veux être nulle part.
Moi ce que je veux c’est qu’on arrête de faire croire qu’on est uniEs quand on rêve toutEs de s’étriper.
Qu’on arrête de faire croire qu’on en a quelque chose à foutre de ce que d’autres vivent alors qu’on continue à leur cracher à la gueule après.
Moi j’aimerais bien que nos mécanismes pour faire face à la violence qu’on subit ne nous servent pas à ostraciser et rejeter les personnes qui sont encore plus dans la merde que nous.
Mais partout, tout le temps, dans la société ou dans nos milieux militants so radicaux, on se retrouve toujours à refaire ça.

Faudrait peut être commencer à avouer qu’on a échoué.

Si on veut construire quelque chose qui ne s’effondrera pas.

(1)http://polyvalencemonpote.com/mon-pire-souvenir-suite-et-fin-jespere/
(2)http://polyvalencemonpote.com/comme-les-autres/
(3)http://polyvalencemonpote.com/le-testeur-et-limpure/
(4)http://polyvalencemonpote.com/vs-letexte/

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Théorie ou études de genre?

En mars, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement et Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale évoquaient  l’idée de refonder l’école par l’inscription dans les programmes, dès le plus jeune âge, de l’égalité entre les filles et les garçons.

 A l’origine de cette volonté, quelques constats, que l’on peut trouver sur la page du ministère de l’Education nationale. Si les filles réussissent scolairement mieux que les garçons, elles n’ont pas le même parcours. Aux matières scientifiques et technologiques, elles préfèrent par exemple la littérature.  Afin de lutter contre ces différences, le gouvernement s’engage notamment à dispenser une formation « dans les écoles élémentaires [qui] assurera les conditions d’une éducation à l’égalité de genre ».

 Pourquoi « égalité de genre » ? Les gender studies (études de genre) s’attachent à montrer que ces différences entre les filles et les garçons résultent de mécanismes sociaux à l’œuvre dès la naissance  Elles permettent de mettre en lumière tous les stéréotypes qui pèsent dès l’enfance. Est en jeu dans une telle proposition la déconstruction de ces mécanismes sociaux qui tendent à perpétuer la division entre les filles et les garçons selon leurs sexes.

 Dans la pratique, plusieurs options sont envisageables afin de lutter contre ces inégalités. Promouvoir des métiers dits d’homme pour les filles et vice versa, par exemple. Prévenir les comportements sexistes passe également par les jeux et les lectures, qui ne devraient pas être « genrés » : arrêter de donner des voitures et des déguisements d’indien aux garçons, des poupées et des costumes de princesse aux filles. En Suède, la réflexion va jusqu’à la création de toilettes mixtes à l’école.

 Cet apprentissage de l’égalité des genres va de pair avec une lutte contre l’homophobie. C’est en tout cas ce que le SNUipp-FSU, un syndicat étudiant, estime, proposant un rapport de 192 pages pour éduquer contre l’homophobie. Pour sensibiliser les enfants à l’homosexualité et à l’homoparentalité, des livres comme « Jean a deux mamans » pourraient se trouver sur les étagères des classes primaires.

 

Une crainte : la négation du sexe biologique

La polémique avait commencé en 2011 avec les manuels de SVT. Aujourd’hui, cette perspective d’égaliser les genres à l’école a été saisie par La Manif Pour Tous, après des semaines de lutte contre le mariage pour tous. Craignant l’enseignement d’une « théorie du genre », le collectif est descendu dans les rues le 3 juin. Leurs craintes principales : que soit niée l’existence des sexes biologiques, que puisse être affirmée l’existence d’un genre neutre (ni homme, ni femme), ou encore,  faire «  croire qu’un couple de même sexe est l’équivalent d’un couple homme-femme du point de vue de la filiation ». L’égalité entre les filles et les garçons, c’est une chose, mais apprendre à une petite fille qu’elle peut se comporter comme un garçon, de même qu’elle peut épouser une autre fille plus tard, c’en est une autre. Il n’en fallait pas plus pour raviver la polémique autour d’une certaine idéologie du genre. Le 4 juin, l’Assemblée nationale renonce à la référence à l’ « égalité de genre », lui préférant une « égalité entre les hommes et les femmes ».  Une victoire pour les détracteurs de la « théorie du genre ».

La théorie du genre n’existe pas

Sauf que cette soi-disant « théorie du genre » n’existe pas, comme le rappelle la ministre du Droit des femmes. Le genre n’est qu’un concept pour penser les inégalités et les rapports sociaux entre les sexes. Les gender studies renvoient en fait à des recherches en sciences humaines, à un domaine d’études interdisciplinaire portant sur la représentation et l’identité de genre : sociologie, psychologie, histoire… Etudier le genre, c’est s’intéresser à la façon dont la société crée les inégalités entre les genres, et proposer des solutions pour les réduire puis les faire disparaître. Parler de « théorie » du genre, c’est en faire un usage polémique et dépréciatif.

 D’abord lié au mouvement féministe dans un contexte de révolution sexuelle, le terme « gender » est né aux alentours des années 1970-80 aux Etats-Unis, bien qu’il ait été emprunté à des études de psychologie datant des années 50. C’est avec la parution de Gender trouble (Trouble dans le genre) (1990) de Judith Butler, que le monde entier a commencé à être imprégné par les gender studies. Pour elle, « Alors que le « sexe » est une sorte de « fait », le « genre » est une construction sociale. Il désigne l’ensemble des significations culturelles qu’assume un corps sexué. Le sexe, lui, est conçu comme une présupposition biologique, un socle plus ou moins fixe et invariable. Dans sa formulation première, le genre est lié au sexe : il le présuppose et agit à partir de lui. Le genre est une construction du sexe. »

 Simone de Beauvoir est connue pour cette phrase extraite du Deuxième sexe (1949) : « On ne naît pas femme, on le devient. » S’inspirant de la pensée de celle-ci, la philosophe américaine propose ainsi une distinction entre le sexe et genre.

 S’agit-il pour autant de nier les différences entre les deux sexes ? Pas du tout, et à ce sujet Judith Butler dit ne pas être « tout à fait idiote » : « je sais qu’il y a des différences biologiques entre les sexes et je ne les nie pas. Mais dire ces différences ne suffit pas, il nous faut aussi les spécifier. » Cette spécification passe par le discernement entre le biologique et le culturel.

 Les gender studies, c’est ainsi tout un ensemble de travaux et de recherches visant à mettre en lumière la façon dont, à partir de différences biologiques, nous – la société – construisons des différences genrées qui n’ont pas lieu d’être. Vouloir réformer l’école en prônant une égalité de genre dès le plus jeune âge, ce n’est pas imposer une idéologie aux enfants, mais c’est prendre en compte les recherches existantes en gender studies et laisser aux enfants la possibilité de se construire loin des stéréotypes sexués et de la norme qui, selon les mots de Judith Butler, « est de l’ordre du fantasme ».

Marine – https://twitter.com/marine_mlb

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Fem & Pouvoir.

Je suis pas fan des étiquettes, des petits mots qu’on s’appose sur la peau pour se réduire. Mais je suis gouine et plutôt féminine. C’est-à-dire que je suis à l’intersection de la lesbophobie et du sexisme. Avec d’autres, on appelle ça la femphobie. Au départ, il y a la silenciation, le refus d’entendre et le refus de croire. Je suis fem parce qu’on ne me croit jamais quand je dis que je suis gouine. Sans aucune exception, tou-te-s les hétéros et toutes les gouines que j’ai rencontrés s’accordent sur ce point : je fais pas gouine. Du pote avec qui tu discutes en soirée, jusqu’à la meuf dans ton lit : « mais mais t’es sûre que t’es gouine ? ».

Puisque visiblement, il est nécessaire de se justifier : disons que je suis fem.

 

En quoi fem est-elle une réponse à la lesbophobie ?

J’essaie, avec mes petits bras délicats, de démonter la gueule de l’idée selon laquelle « ça se voit ». À la taille de tes ongles, de tes cheveux, Non si tu me croises dans la rue, tu ne peux pas savoir quel était le genre de mes trois dernier-e-s partenaires. Devine quoi ? C’est vrai pour toutes les personnes que tu croises ! En fait, les fems vont sauver l’humanité de tes prêts-à-penser à la con.

Non, parce que je porte les cheveux longs, un mini-short, des résilles et du vernis rose pétasse, tu n’as pas le droit de croire que je suis hétéro.

 

En quoi fem est-elle une tarte dans la gueule du sexisme ?

Parce que c’est quand même bizarre hein, que ce soit la voix des plus féminines qui soit toujours minorée, ridiculisée.

Ma fem-ité et mon féminisme marchent ensemble.

Fem, c’est de la féminité acquise, réappropriée.

C’est redire encore et encore, que porter des talons et des minis n’a pas grand chose à voir avec le fait d’être meuf.

Je ne suis pas plus légitime à porter des résilles que qui que ce soit. Je ne suis pas né* prédisposé* au rouge à lèvres. Comme n’importe quel être humain, si je veux tenir en talon de douze, je devrais d’abord me péter la gueule pour apprendre. Je devrais apprendre quelle crème mettre sur ma peau, comment coiffer mes cheveux, me vernir les ongles sans trop dépasser (23 ans, je sais toujours pas colorier dans les bords), m’épiler les sourcils.

Je suis fem parce que je sais que c’est un atelier, que je ne prends pas tout et pas tous les jours, que j’ai un niveau bien planté dans le crâne et que la bulle est bien au centre quand je suis maquillée et poilue, quand au bout de mes jambes à résilles, j’ai des baskets de skate, que je ne pique les fringues de mon père qu’à condition d’avoir les cheveux longs et un peu de vernis.

 

Être fem ne fait pas de moi une vraie fille.

Me maquiller les yeux ne me rend pas meilleure que celle qui se maquille la moustache.

Je n’utilise pas ma fém-ité comme un outil de compétitivité. Je ne l’utilise pas pour me placer au dessus des autres sur le marché de la meuf.

Être fem alimente ma sororité, mon respect pour celles qui y arrivent plus que moi, qui y ont mis plus d’effort ou plus de goût. T’enflammes pas pétasse, tu sais moi j’te trouve vraiment classe.

Je sais que ton amour des mini-jupes n’a rien à voir avec tes statistiques sexuelles, qui elles-mêmes n’ont rien à voir avec la choucroute.

Être fem implique de ne pas rabaisser les autres selon leur façon de se fém-iser, d’essayer de ne pas me rabaisser moi-même en comparaison.

C’est prendre conscience qu’on peut retirer un certain pouvoir de la fem-ité et essayer de le redistribuer. La fem-ité me place parfois à un niveau confortable (?) sur l’échelle de la beautécratie et sur celle de l’hétérosexisme.

Il m’arrive de passer pour jolie, c’est-à-dire conforme aux normes de beauté et que les gens m’écoutent plus pour cette raison, d’être considérée plus humaine. Parfois c’est tout l’inverse. Je passe très souvent pour hétéro, même mécanisme : plus écoutée, identité neutre, certifié humain. Au dos de cette pièce, il y a toujours la douloureuse et problématique invisibilité.

 

Être fem n’est pas un privilège parce qu’on vit dans un monde sexiste, mais parce que ce sexisme est complexe, la femité offre parfois des zones de répit.

 

Je suis fem parce que je refuse de craindre l’épouvantail de la potiche ou de la salope. Je ris à la tronche de ton épouvantail, je le désamorce.

Je vais prendre tous tes symboles de merde et je vais mettre une personne pas du tout comme tu veux dedans.

Je vais pirater tes codes.

Je suis gouine, branleuse, misanthrope et certains jours je te jure que j’ai la gueule à Barbie. Et ça ne fait pas de moi une idiote.

Je le fais pour personne, pas pour le patriarcat, pas même pour les meufs.

 

Enid B.

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Nos amours resteront plus fortes que leur haine

Ami lecteur, amie lectrice, toi qui viens ici, j’ai une confession à te faire. Je suis une meuf qui aime les meufs.

Politiquement, je me définis comme gouine, féministe. Identitairement, je suis quelque part entre fem et butch. Je ne sais pas trop, alors je dis « queer », C’est bien queer. Un peu fourre-tout, certes. Sexuellement, je suis ce qu’on pourrait appeler bisexuelle avec un pourcentage plus fort pour les meufs.

Je te raconte tout ça car le climat hostile que nous vivons et que je vis en France en ce moment me donne envie de crier un bon coup.

J’ai longtemps été hétéro. Ma première relation sexuelle était pourtant avec une autre fille de mon âge. C’était court, c’était cool et je me suis posé beaucoup de questions. J’ai grandi dans une famille hétéro, avec un entourage hétéro. Je n’avais jamais vu de meufs lesbiennes ou bisexuelles.

Après cette relation, et alors que je couchais aussi avec des garçons, je me suis demandé « suis-je bisexuelle ? Suis-je lesbienne ? ».

Je me suis posé toutes ces questions dans une ignorance la plus profonde concernant les notions d’identité de genre, d’orientations sexuelles, de politisation, de communautarisme et de féminisme ou que sais-je.

La réponse a été vite claire quand ma classe de lycée a soudainement appris que «Mary broute du minou ». Pendant deux semaines, toute ma classe de terminale a donc décidé de ne plus m’adresser la parole. J’étais seule et isolée avec pour seule camarade ma meilleure amie de l’époque. Lorsque je passais devant certains groupes de ma classe, je voyais leur regard dégoulinant de mépris. Le bruit a commencé à courir que « Mary broutait du minou ». Et puis il y a ce garçon, celui qui a dû se sentir assez en confiance pour parler au milieu d’une majorité de filles que représentait ma promo de terminale. Il s’est exclamé devant tout le monde : « alors Mary tu broutes du gazon ? ». Et tout ça lui a paru si normal comme question intrusive, dégueulante de mépris et de lesbophobie.

Les tensions se sont apaisées, ils avaient pu tous parler à travers sa voix. « Mais… Mais vous faites quoi entre filles ? » m’a demandé une de mes camarades. Avec ce regard à la fois candide et désespérément ignorant de la fille bio qui ne s’est donc jamais demandé comment pouvait être un rapport sexuel en dehors d’une pénétration phallique et hétéro ‘convenable’ d’un homme cisgenre à une femme cisgenre. Comment pouvait être une relation entre deux meufs en dehors de la bête norme hétérosexiste et cis-centriste.
J’ai rangé mon questionnement personnel à l’intérieur de moi et je ne me suis plus posé la question.

J’ai eu beaucoup de copains, d’amants, de relations sexuelles avec des hommes cisgenres hétéros. J’aimais ça. Je peux toujours aimer ça. Peut être. Je ne sais.

Je ne me posais plus la question de savoir si j’étais bisexuelle ou lesbienne ou une meuf qui aime les meufs parce que tout ce que m’avaient appris ces deux semaines, c’était que faire ce genre de choses m’exposait à de la lesbophobie, du mépris, du sarcasme, des questions beaucoup trop intrusives.

Parfois, quand je buvais un peu trop, je flirtais avec des meufs. En secret, en silence, avec moi même, je regardais les meufs. Parfois, mes fantasmes n’étaient plus hétéros. Mon regard sur les meufs sexualisées de mes comics, de mes bandes-dessinées était toujours un regard de désir, de fantasme. Je prenais ça pour un simple regard externe.

Mais je ne disais rien car il fallait être hétéro. C’est ce qu’on m’avait appris: une femme va avec un homme, ils sont dans couple exclusif, genré, puis un jour ils se marient et font des enfants. Et puis, pensais-je, je n’ai aucun avenir avec une meuf. On ne pourra jamais se marier. Avoir des enfants. Il faudra toujours se justifier. Je ne pourrai pas la tenir par la main. On devra toujours répondre aux regards, aux questions.

Pendant tout ce temps où j’ai été hétéro, j’ai pu aimer des meufs. Je n’ai jamais été très exclusive mentalement. Et je prenais cette grande affection pour une forme d’amitié très forte.

Il y a deux ans, j’ai réalisé que je me sentais pansexuelle. Que j’aimais plutôt indifféremment du genre et du sexe. Ca a été un premier choc et je n’ai pas vraiment vécu ça comme quelque chose d’agréable : parce que la question d’une différence se posait et qu’il faudrait affronter le regard d’autrui. Que mes repères étaient chamboulés. J’ai remisé l’affaire au placard et n’en parlons plus.

Il y a 6 mois, j’ai eu une escalade de violence interne qui m’a amenée à réaliser que j’étais gouine. Gouine. GOUINE. Je ne sais pas quand, ni pourquoi, ni comment, mais j’ai réalisé soudainement que les meufs me manquaient. Beaucoup, Vraiment. Beaucoup et vraiment trop. Je me suis demandé si je ne me sentais pas gouine parce que j’intellectualisais beaucoup les choses, que je réfléchissais aux identités politiques, de genre etc. Peut-être que je me sens gouine parce que je me sens protégée ? Peut être que je me sens gouine parce que je veux emmerder le monde ? Et peut-être que je me monte le crâne ? Et si j’étais gouine parce que tout ce que je connais d’une forme de masculinité était lié à de la violence, du viol, des agressions sexuelles ? Et peut être que, et ceci, et cela….

C’est drôle quand même de se demander pourquoi on se sent gouine et pas hétéro.

Je crois que je me suis posé les mauvaises questions : j’ai toujours été gouine. J’ai toujours aimé brouter du minou comme ils disent. Je me suis juste planquée dans un placard. J’ai été hétéro parce que c’est plus facile, parce qu’il n’y a rien à vaincre. J’ai été hétéro parce que tout le monde est hétéro. J’ai été hétéro parce que personne ne me demanderait ce que je fais au lit avec un mec et ne me jetterait de regards mauvais dans la rue quand je tiendrais la main à ce dernier. J’ai été hétéro parce qu’être hétéro est la norme. J’ai été hétéro par lâcheté. J’ai été hétéro parce que faute de grives on mange des merles.

Je vais difficilement le cacher : je suis en colère contre tout un tas de choses à commencer par cette classe de terminale, la société, mes parents. Parce qu’aujourd’hui, et même si j’aime encore mon compagnon, je ne me sens pas et plus hétéro. Je me sens une meuf qui aime les meufs.

Ce n’est pas être gouine qui me rend libre, c’est le fait de me sentir libre et peut être dans des conditions safe qui font que je peux sortir de mon placard. Je me sens libre parce que j’ai l’impression de soudain y voir clair sous toutes mes pensées, mes recherches, mon intellectualisation quotidienne de tout. Lorsque j’enlève mes livres, mes recherches, mes notions de ceci ou cela, lorsque que je cesse de me traiter en objet d’étude personnel et que je me demande ce que je souhaite, je vois : tout au fond de cette surcharge cérébrale assez inutile par moments, que j’aime les meufs. Les femmes. Gouine. Lesbienne. Bisexuelle. Queen, Petite pédale. Pédée. Goudou. Et je ne vous dirai pas combien j’ai envie de me taper unetelle et unetelle, combien j’aime fort unetelle, combien j’aimerais qu’unetelle soit ma meuf, mon amante, mon amour et qu’unetelle lâche son mec pour être avec moi, etc, etc, etc. Et tout les trucs sales et dégueulasses mais consentants que j’ai envie de lui faire et qu’elle me fasse.

Ca devrait me regarder mais c’est là qu’arrivent les emmerdes : je suis une meuf invisible. Je suis une queer et je suis invisible. Je mets du vernis, je me maquille et apparemment, je ressemble à une meuf qui serait hétéro et donc aimerait se faire tripoter par une armée de mecs ou rechercherait le regard masculin. C’est pas faute d’avoir coupé mes cheveux et d’en être à deux doigts de porter un badge « je coucherais bien avec ta femme, connard » mais je n’existe pas. Je n’existe pas vraiment pour les autres meufs lesbiennes qui pensent que je me suis perdue à leur soirée et que je dois être une meuf hétéro. Je n’existe pas pour les meufs hétéros qui pensent que je suis hétéro comme elles. Je n’existe pas vraiment pour les mecs hétéros qui pensent que je suis juste bonne à les faire bander et qu’ils peuvent me valider sexuellement s’ils s’invitent dans ma sexualité. Mais ces discriminations sont somme toute moindres que les filles trans

« Hey, j’peux m’inviter entre ta copine et toi ? » NON BORDEL

Je hais par avance leurs regards et cette société qui va me mettre encore des bâtons dans les roues. Non je ne suis pas hétéro parce que j’aime un mec qui n’est pas LES mecs. Oui je mets du vernis et je porte parfois des cheveux longs ou courts et du rouge à lèvres mais je ne le fais pas pour ton regard de mec ou pour te rassurer sur le fait que je serais « une lesbienne comme les autres ». Ta butchphobie ne m’intéresse pas franchement.

Non, je n’ai pas envie d’avoir ton avis sur ce que je ressens. Non je ne suis pas une expérience sexuelle lesbienne, une meuf à tester, à tenter parce que je suis faite de chair et d’émotions. Oui je sais très bien que je peux désormais me marier avec une meuf sauf que je n’ai pas accès à la PMA si l’envie me prenait subitement de pondre avec une meuf et tout ça n’enlève rien au fait que je vie dans une société patriarcale et lesbophobe qui va encore chercher à me valider ou m’assimiler au groupe dominant.

Parce qu’il faut se battre encore et encore avec une armée de mecs hétéros qui pensent s’incruster, une armée de meufs hétéros qui pensent pouvoir vous tester. Je voudrais tous leur exploser ma rage au visage et leur demander d’arrêter de m’assimiler à eux, de me faire rentrer dans leur moule. J’ai été hétéro, et ça n’a pas marché et ça n’a rien à voir avec une question de féminisme puisque je baisais de manière gouine bien avant mon féminisme.

Il faudra que je me batte contre celles de mon propre camp pour qui je serai une lesbo traîtresse parce que je ne possède pas une palme d’or de la meuf qui n’a jamais baisé avec aucun mec. Avec celles qui entretiendront des propos sexistes, misogynes ou feront du slut shaming parce qu’untelle à couché avec plein d’autres meufs -mecs- qui sais-je et celle qui te crachera au visage parce que tu es non-exclusive. Ou contre celle qui te dira qu’unetelle n’est pas vraiment une meuf lesbienne parce qu’une meuf trans. L’hétérosexisme, la validation de nos corps, nos ressentis, même dans nos communautés.

Je suis une meuf qui aime les meufs. Une petite pédée méchante qui sort de son placard mais se retrouve dans une maison vide et explose un peu. Heureusement je suis bien entourée mais je le sais par avance ; désormais, il va me falloir m’armer un peu plus contre toi, eux, vous, contre tous ces gens qui veulent me valider, ou m’invisibiliser, ou me faire du sexisme, du slut-shaming ou me dire comment agir dans cette nouvelle vie. Désormais, il nous faudra à toute être plus fortes. Ensemble. Contre tous ces gens qui défilent contre nos amours. Contre ce gouvernement qui nous donne des miettes de droits. Contre le fait qu’ils préfèrent nous assimiler plutôt que de nous accepter dans nos différences.

Aujourd’hui, si je retrouvais ce garçon qui m’a sauvagement demandé «Alors Mary, tu broutes du minou ? », je voudrais tellement lui répondre que oui, ça m’arrive et alors ? Parce qu’aujourd’hui je suis suffisamment forte pour lui répondre, leur répondre à tous-tes que je n’ai plus peur d’eux mais que je me battrai encore pour que plus jamais ils et elles ne fassent peur à toutes ces petites queer qui n’osent plus sortir du placard. Nos amours resteront plus fortes que leur haine.

M.Kane.

Un bleu bien fade

La Vie d’Adèle a donc reçu la Palme d’Or. Le prix n’avait pas été attribué quand nous avons vu le film, mais nous avions déjà lu des critiques le nommant comme LE film du festival. On avait aussi lu les remarques faites au sujet des conditions de tournage, et des « incidents » qui l’avaient rythmé. Je partais avec un bon a priori, sur Kéchiche, sur l’histoire, librement adaptée de la bande-dessinée touchante de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, et m’attendais à un film émouvant, réaliste, qui racontait un amour passionné entre deux femmes.

Il faut avouer que le duo fonctionne, les deux actrices sont complices et leur jeu peut être touchant. La première partie du film est appréciable, on y voit Adèle tomber amoureuse d’Emma, et vivre tout ce qui vient après : homophobie, doutes… On rentre dans la peau d’Adèle, filmée de près, et on rit parfois lors de certaines scènes, bien réussies. Malgré tout, le film sonne faux.

 

La nécessaire représentation de clichés lesbiens

 

Tout au long du film, Kéchiche oscille entre rôles clichés du couple lesbien et la représentation très normée qu’il veut donner du milieu dit lesbien d’Emma. Alors en plus de l’opposition d’abord touchante et drôle qu’il dessine entre les familles des deux femmes, il rejoue le scénario de la lesbienne « confirmée », artiste, libérée, jouée par Léa Seydoux, dont tombe amoureuse Adèle, plus jeune, qui doit cacher son amour à ses parents. Kéchiche a plusieurs fois affirmé qu’il avait avant tout voulu parler des différences sociales des personnages, mais la superposition de tous ces rôles attendus devient grossière, on se vexerait presque, comme si le spectateur n’aurait pu comprendre une relation un peu plus nuancée. La lourdeur du propos tranche d’ailleurs avec le jeu des actrices, et certaines scènes très touchantes dans leur réalisation, comme celles des deux diners successifs chez la famille de l’une et de l’autre.

Emma invite donc Adèle dans un « nouveau monde » : on y voit ses amies, des ex, et des inconnues, lors d’une soirée chez le couple et parfois dans un bar. Les filles sont toutes cis, fines, à l’allure féminine, et majoritairement blanches… soit Kéchiche est ignorant et c’est dommage, il paraitrait que son sujet de film tourne autour des lesbiennes, soit, il montre manifestement une image erronée de la communauté LGBTIQ. La volonté de ne montrer que des femmes féminines cis et blanches, perçues par une majorité de spectateurs comme belles est en soi problématique car invisibilise toutes les autres femmes. Ce choix fait écho au discours qu’on entend toujours beaucoup trop sur l’importance de l’image que les LGBTIQ renvoient. Cette injonction à normer la vie des autres pour qu’ils/elles soient intégrés dans la société.


Le voyeurisme comme ligne conductrice

Le couple se rompt à cause de l’infidélité d’Adèle. La manière dont la scène de rupture est filmée est étrange. Alors on dira qu’il y a une claque, que Kéchiche a montré cet aspect souvent ignoré des violences physiques et/ou psychologiques dans un couple de femmes, qu’on devrait sûrement l’en féliciter, mais à quel prix? Celle de la violence inouïe, insidieuse et répétée que la scène nous offre en retour? Quelle nécessité de traiter sa meuf de pute à trois reprises? Quel est le message véhiculé? Ce passage est d’une violence soudaine et inutile. 

Comment justifier le parti pris des très nombreuses scènes où Adèle dort dans des positions toujours lascives, où son t-shirt laisse apercevoir sa chair, des plans serrés sur sa bouche entrouverte, ou encore lorsqu’on la voit nue sous la douche, sinon de la nécessité de répondre aux attentes d’un public masculin? On comprend la volonté de se rapprocher d’Adèle, de son rapport à son propre corps, mais sa représentation n’est pas innocente : elle est avant tout une femme cis et blanche, au corps dit parfait, aux fesses rebondies et au ventre plat, qui s’offre au spectateur, et ne le fait pas entrer dans son personnage et ses pensées, comme on tente de nous le faire croire.

Que dire des scènes de sexe, décrites comme puissantes et sublimes par…des critiques hétéros? Kéchiche continue à entretenir le stéréotype de la position homosexuelle par excellence qu’est le tribadisme, qu’on apercevra même en peinture à la fin du film. Longue et gênante, cette scène témoigne, une fois de plus, d’une méconnaissance de la façon dont les femmes font du sexe. La maladresse et la timidité touchantes d’Adèle telle qu’elle est jouée au début du film, s’envolent, pendant cette longue, très longue, scène de sexe, filmée de manière crue, à la limite du ridicule (à en croire les rires de la salle). Cette scène apparait comme une rupture, le réalisateur cesse à ce moment de raconter pour montrer. C’est là que commence la deuxième partie du film, et c’est là que l’on commence attendre la fin, pendant ce qui semble être des heures.

 

 

Un film par un hétéro pour des hétéros

 

Nous sommes sorties de la salle plus que déçues : en colère. Pourquoi ? On pourrait simplement attribuer tout ce qui nous gêne à un parti pris du réalisateur : refus de faire un film militant, grande place donnée aux corps et au sexe dans la relation, fin centrée sur le désespoir immense d’Adèle, etc. Mais notre déception était probablement proportionnelle à nos attentes : on avait peut-être espéré enfin voir un film montrant une histoire d’amour lesbienne pour de vrai. On a entendu dire du film que son engagement se trouvait dans le fait qu’il décrivait cette histoire d’amour comme n’importe quelle autre. Or c’est faux. Une histoire d’amour hétéro aurait-elle été filmée avec une telle mise en scène des corps, au point d’approcher le mauvais porno ? Le réalisateur aurait-il eu besoin d’appuyer, de justifier, aussi systématiquement et lourdement la sexualité des amants, de s’attarder sur leur vie quotidienne pour montrer que, grand dieu, les homos aussi ont une vie en dehors de leur lit ! Jusqu’à la scène finale, on se demande si le réalisateur ne va pas laisser un homme rejoindre Adèle, après que celle-ci ai quitté le vernissage de l’expo de son ex. Jusqu’au bout, le réalisateur n’aura pas décrit la réalité d’un quotidien d’un couple de femmes, mais aura plutôt raconté comment il conçoit nos relations. Et c’est bien ce qui nous démange : il nous montre à nous, lesbiennes, sa vision d’une relation homosexuelle, l’objectifie, la fantasme, en mettant en scène des corps plus que conformes, partout, au lit comme à la ville, y projette tous ses stéréotypes, mais tente de nous faire croire que c’est bien la réalité qu’il décrit.

Laetitia et Marie

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On a tous grandi à Hétéroland

Je viens d’un pays qui s’appelle Hétéroland. Les hommes et les femmes ne poussent ni dans les choux, ni dans les roses, mais dans de petites cases bien calibrées. Ces hommes et ces femmes grandissent et se font des bisous, avant de se marier et de pondre des bébés dans des cases, à leur tour.

Ce pays n’est pas toujours ouvertement hostile aux gens qui ne rentrent pas tout à fait dans ces cases.  Il parle de plus en plus, dans son infinie bonté, de les « tolérer ». Les Hétérolandistes ont toutefois régulièrement des accès de violence envers les marginaux, ou tout simplement, leur dispensent des microagressions (« Tu n’as pas rencontré le bon homme » « Elle est trop belle pour être lesbienne » « Tu es juste misandre »).

Mais ce qui me frappe le plus, ce qui m’a le plus marquée, quand j’y repense, c’est l’invisibilisation.

Christine Boutin déclarait ce matin sur RMC qu’on ne voit plus une seule série sans couple homosexuel, que c’est l’overdose.

J’ai grandi dans une famille qui se pensait plutôt « ouverte » sur ces sujets, c’est à dire qu’elle n’était pas ouvertement homophobe, néanmoins je ne pense pas qu’on ait parlé d’homosexualité, à part de manière très anecdotique.

Les livres d’éducation sexuelle qu’ils m’ont procuré ne parlaient pas ou peu de relations non-hétérosexuelles, et encore moins d’orientations non-monosexuelles (bisexualité, pansexualité, queer etc). Je n’ai pas vu un seul paragraphe, à mon souvenir, sur le genre ou la transidentité.

La première fois que je me souviens d’avoir entendu parler de ces sujets, (hormis les « pédé », « gouinasse » et autres qualificatifs fleuris entendus en cour de récré), c’était dans… Dawson’s Creek.

J’ai toujours eu des amitiés vraiment très fusionnelles avec des filles, jusqu’à dormir ensemble et ne pas supporter quand l’une de nous se mettait à sortir avec un mec. Je suis sortie avec la gent masculine… longtemps. Plus longtemps que je n’aime à l’admettre. Et ca ne se passait pas bien du tout.

(Eh non, je n’ai pas ma goldstar, je vous vois, les gouines puristes du fond)

En parallèle, je suis passée par des épisodes de TCAs, de dépression, et des TOCs sévères qui sont désormais bien ancrés dans ma vie depuis 9ans. Personne ne savait trop pourquoi j’allais mal comme ca.

Et puis les meufs qui aimaient les meufs ont commencé à apparaître de ci, de là – jamais autant que les pédés bien sûr, on reste des filles, donc moins visibles, moins importantes. J’ai commencé à me questionner, je vais pas vous refaire tout mon processus de coming-out mais bref, j’étais gouine, enfin bi, enfin  gouine.

Je ne pense pas qu’un hétéro puisse réaliser à quel point il est crucial pour les queers de se voir représentés autour d’eux. Si j’avais seulement su que j’avais le droit d’être heureuse, le droit d’être amoureuse, peut être que je n’aurais jamais eu besoin de franchir la porte d’un psy. Peut être que je n’aurais pas besoin d’antidépresseurs aujourd’hui pour pouvoir fonctionner comme une personne totalement valide.

Si j’avais seulement su que les meufs queer *existent*, peut être que je n’aurais pas perdu mon temps à être malheureuse dans des relations hétéros (et rendre des garçons malheureux, parce qu’il faut le dire, j’étais un peu la pire copine du monde). Peut être que ma famille m’aurait connue telle que je suis plus tôt.

Hétéroland est toujours debout, ceci dit. Le système hétéropatriarcal tente désespérément d’étouffer les quelques avancées que nous faisons en matière de visibilité, ou de les transformer en assimilationnisme (c’est à dire: « Je te tolère, tant que tu ressembles au maximum à une hétéro »).

Même dans des milieux qu’on supposerait « safe », comme les espaces féministes, il m’arrive encore régulièrement de lire que les femmes s’épilent et se maquillent pour les hommes, sans la moindre considération pour les meufs qui ne sont pas attirées par ou en couple avec des hommes.

On me parle de misogynie intériorisée, mais comment cela se traduirait il, puisque je ne montre mes jambes qu’à ma meuf et pourtant, je les épile? Pourquoi est ce que je me maquillerais même lorsque que l’on ne sort pas de l’appart’? Toutes ces organisations féministes qui nous parlent de partage des tâches ménagères et de rôles genrés, savent elles que mon couple existe? Qu’il subit certes des injonctions patriarcales et hétérosexistes, mais que nos schémas relationnels peuvent aussi s’en éloigner?

J’ai grandi à Hétéroland, et si vous saviez comme j’aimerais bien tout y péter.

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On ne se laissera pas voler la rue.

Les débats sur le mariage sont terminés. On serait tenté de croire que les LGBT vont pouvoir respirer après ces mois intenses où même les représentantEs de la République se sont laissée aller à un discours ouvertement LGBTphobe. Cela serait croire que cette visibilité soudaine n’a eu aucune conséquence.

Ce débat nous a marqué comme il a marqué nos aînéEs lors des heures les plus sombres du PACS. Je suis moi-même passée par plusieurs réactions, les principales étant la colère et la peur.

La peur qui se traduit par un état complètement paranoïaque lorsque je suis dans la rue: Est-ce que cette personne est potentiellement homophobe? Est-ce qu’elle va m’agresser? Est-ce que ça se voit que je suis gouine?

Toutes ces questions me hantent et se traduisent par une tension dans tous les membres de mon corps. Cela fait plus d’une semaine que je suis dans un état de faiblesse entre maux de tête et insomnies. Ce sentiment est d’autant plus fort que je m’inquiète pour mes proches. J’ai peur pour eux et elles autant que j’ai peur pour moi. Je les vois craquer les unEs après les autres, abattuEs par cette tension, obligéEs de mettre en place différentes stratégies pour se protéger.

La colère, c’est une autre affaire. J’ai plusieurs raisons d’être en colère ces derniers temps.

La colère contre le gouvernement et ses trahisons à répétitions. La « liberté de conscience », l’abandon de la PMA, le droit des Trans’ remis aux calendes grecques. Dire qu’on souhaite les remercier. Merci de quoi? D’être des pleutres?

A part Taubira et Bertinotti, qui était là pour monter aux créneaux dans ce gouvernement? (En ce qui concerne le sujet du mariage, hein. Elles ont été les premières à enterrer la PMA).

Et l’Inter-LGTeubé, à part faire des communiqués de presse, elle a fait quoi pour nous défendre et condamner les paroles LGBTphobes?

Petit scoop en passant: l’égalité des droits pour TouTEs (pour les gouines, les trans’, les séropos, les prostituéEs, les sans-pap) ne passera pas par la soumission au gouvernement.

J’éprouve une rage contre ces partis politiques qui ont utilisé cette lutte pour faire passer l’ANI en trois semaines dans le plus grand silence médiatique (8 mois pour le mariage).

On n’oubliera pas.

La colère contre l’indifférence de mes proches. Les fameux hétéros-solidaires qui n’ont pas jugés bon de m’accompagner en manifs. Ma mère qui s’en foutait de ce débat sans voir le mal que ça me faisait jour après jour. Tous ces potes qui ont réalisé qu’effectivement, la société était « peut-être » homophobe le jour où y’a eu une agression dans un bar lillois.

Sauf que des agressions, il y en a eu, il y en a et il y en aura encore de beaucoup  plus violentes qui n’auront pas la possibilité de faire la une des médias.

A les entendre, les actes LGTphobes ne sont que l’œuvre d’une dizaine d’excités aux crânes rasés. Les membres de la « manif pour tous » ou du « printemps français » n’ont pas de crânes rasés pourtant. Je les déteste de s’être réapproprié nos moyens d’expressions. Ces personnes se visibilisent juste pour garder leurs privilèges. A cause d’eux, on en vient à éviter certains quartiers par peur de se faire insulter et/ou frapper.

Cette violence psychologique existe et  elle ne réside pas dans le simple fait de se faire éclater la gueule sur le macadam.

J’ai été en colère contre ma meuf qui ne voulait pas que je rentre seule, un jour de manif des fachos, parce que visible avec ma tête de gouine à crête. Je ne suis pas une chose fragile, j’ai le droit d’être dans la rue. Je prends le risque de me faire agresser, sinon je ne sors plus, paralysée par la peur.

Je ressens de la colère contre moi-même. Contre ces sentiments que je ne contrôle pas. Contre cette solitude. De la colère parce que mon cerveau est en chantier et que  je ne pourrais pas exprimer toutes mes inquiétudes dans un seul texte.

Je me suis confiée, il y a quelques jours lors d’un débat sur les LGBTphobies. L’intitulé était « Réplique ! « .

Le terme « répliquer » n’a jamais pris autant de sens qu’aujourd’hui. Comment faire pour répliquer face à tous ces fachos qui ne se cachent plus ?

Après deux heures de témoignages intenses, on en est venu à chercher des solutions. Individuellement, nous ne pouvons pas répliquer face au risque de se faire tabasser, voir pire.

Notre force, elle se trouve dans la communauté, dans la force du nombre. Cette communauté qui si elle a des défauts, reste le dernier rempart face à la violence de cette société.

Il ne faut pas laisser retomber la visibilité comme un soufflet. Nous devons l’utiliser à notre avantage. Mariage ou pas, nous sommes là et nous n’avons pas à nous cacher. Nous ne devons pas nous retrouver qu’une fois par an pour finir par retourner dans notre placard hétérocrate à la fin de la journée. Nous ne devons plus avoir honte de nous même.

Nous devons utiliser cette colère pour nos combats. Car pour les droits des Trans, nous serons là. Pour les droits des sans-pap’, nous serons là. Pour les droits des prostituéEs, nous serons là. Pour les droits des séropos, nous serons là.

La lutte n’est pas terminée. Nous ne nous laisserons pas voler la rue.

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Mariage pour tous : ce que les lesbiennes ont gagné, ce que les lesbiennes ont perdu

Je suis gouine, provinciale, cisgenre, butch. Dans quelques jours très probablement, la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe sera votée. Dans un à deux mois, elle entrera en vigueur, et je serai libre d’épouser ou non la personne que j’aime, dans les mêmes conditions que le ferait un couple hétérosexuel (âge, consentement, prohibition de l’inceste et de la bigamie). Je serai libre d’adopter ses futurs enfants, de divorcer, et de verser le cas échéant une prestation compensatoire.

Il ne s’agit pas ici de revenir sur les conditions du mariage civil français. Il y aurait matière à dire sur les causes de nullité du mariage, notamment celles visées par l’article 180 du Code civil concernant l’erreur sur la personne ou sur les qualités essentielles de la personne. Il y aurait matière à dire sur les procédures de divorce définies par la loi du 26 mai 2004.

Voyons les choses de manière pragmatique : le mariage est une institution trop importante dans le droit français et dans la société pour qu’il puisse être supprimé à court ou moyen terme. D’autre part, c’est aussi la force du droit que d’avoir affranchi le mariage de la religion.

Avant que mon hypothétique mariage ne provoque une guerre civile, voilà mon bilan, forcément subjectif, de l’ouverture du mariage à tous les couples (oui, on peut tout à fait faire un bilan avant que la loi ne soit votée).

J’existe

Pendant des mois, on a parlé de garçons qui aiment les garçons et de filles qui aiment les filles. Souvent à leur place, parfois en invitant les intéressés à en parler. Je reprochais au vocable « mariage pour tous » d’invisibiliser les pédégouines, mais c’est l’inverse qui s’est produit. A force de n’entendre plus parler que de ça partout, j’étouffais. J’ai fini par ne plus lire que rarement les médias communautaires, parce qu’entendre toujours les mêmes arguments pour et contre le mariage était devenu soooo boring, mais surtout parce que le sujet était devenu tellement important pour moi qu’il suscitait une réaction épidermique.

Je me souviens de l’époque où j’étais bébé gouine et où je me sentais seule seule seule. Je vivais à la campagne, je ne connaissais pas de lesbienne, je ne voyais pas de lesbiennes à la télévision, j’étais quasiment incapable de citer le nom d’une lesbienne connue. Je me demandais comment briser cette solitude, j’écoutais la radio, j’écoutais Dalida. J’ai fini par rencontrer des filles, comme ça, et à en aimer quelques unes.

Le grand écart, du rien ou pas grand chose au trop, tout le temps.

Chaque coming-out est héroïque

Ce trop tout le temps a conduit beaucoup de personnes à prendre position. L’absence de réponse de certains amis lorsque je les ai invités à participer aux manifestations pro-égalité est lourde de sens. L’engagement sans faille de quelques autres me réchauffe le cœur. Des amis ou de simples connaissances ont fait leur coming-out ces derniers temps, à leurs proches, à leurs collègues, dans leur club de sport. Difficile de garder de la distance quand chaque jour, qui l’on est est objet de débat.

Cela nous rappelle — ou nous apprend — que le personnel est politique. Parce que la personne que je mets dans mon lit ne regarde pas que moi, mais aussi mes amis, mes collègues, ma famille, et plus largement la société toute entière, je suis out à peu près partout. Le nom de ma future épouse ou partenaire de PaCS sera mentionné en marge de mon acte de naissance.

Homophobie = sexisme

Je reprends, en le modifiant, un slogan d’Act-Up. Il est important que nous, gouines, nous rappelions à nos amis pédés que les sources de l’homophobie sont les mêmes que celles du sexisme. La peur viscérale de l’opposition de voir la différence des sexes s’estomper jusqu’à disparaître, l’érection de la maman rose et du papa bleu comme unique modèle familial satisfaisant pour les enfants, mais aussi le chahutage de la présidente de l’Assemblée nationale au cours de la première lecture du texte, en bref le sexisme, sont le fondement des propos homophobes entendus dans l’Assemblée et le Sénat (je ne les rappellerai pas ici).

Il n’y a rien d’étonnant à ce que ce soient (plutôt) des femmes qui aient défendu ce texte. Des lesbiennes bien sûr, avec le collectif « Oui oui oui » créé vers novembre 2012 pour défendre l’égalité — il n’y a pas à ma connaissance eu d’équivalent chez les garçons qui se sont plutôt appuyés sur des structures existantes. Beaucoup de femmes hétérosexuelles (Christiane Taubira et Dominique Bertinoti, Esther Benbassa, Corinne Narassiguin et Chantal Jouanno) ont été particulièrement présentes dans les débats.

Les pédés sont des privilégiés comme les autres, et c’est à nous de leur rappeler que des femmes se sont battues pour eux, que le sexisme nourrit l’homophobie.

La fin des demoiselles en détresse

Un peu après mon coming-out, une amie m’a offert « Princesse aime princesse » de Lisa Mandel. Elle m’indiqua plus tard que son choix s’était d’abord porté sur « Fun Home » d’Alison Bechdel mais qu’elle ne l’avait pas trouvé à temps pour mon anniversaire.

En droit français, le mariage n’est plus une institution patriarcale depuis 2002 : la loi relative à l’autorité parentale établit des droits et devoirs égaux entre pères et mères. Pour ce qui est de sa représentation sociale, il faudra encore attendre. Mais le mariage sera ce que nous en faisons. Le mariage entre deux filles n’est plus une institution patriarcale — à moins que l’on ne me demande qui fait l’homme et qui fait la femme dans le couple. Et bien sûr qu’il y a des inégalités dans le couple. Elles existent qu’il y ait ou non mariage (et le mariage tend au contraire à protéger les deux épouses).

Ce n’est pas parce qu’on va se marier qu’on va oublier notre conscience communautaire. Je n’oublierai pas le bien que m’a fait cette BD avec cette histoire d’amour trop mignonne entre deux jeunes filles, je n’oublierai pas cette émission de radio que j’écoutais en cachette de mes parents, je n’oublierai pas les propos homophobes stigmatisants tenus par des élus représentant la Nation au cours des débats, je n’oublierai pas Wilfred, je n’oublierai pas nos manifestations, nos bars, nos associations, je n’oublierai pas notre fierté.

« Mais maintenant que vous avez le mariage, c’est fini non ? »

Non, ce n’est pas fini. Non non et non. Pendant quelques mois, le mariage et l’adoption ont été les seules revendications LGBT visibles, parce qu’elles étaient l’objet d’un débat public. En dehors des « pro » et des « anti », personne n’a suivi les interrogations à propos de la PMA et de la GPA (sondage réalisé sur l’échantillon tout à fait représentatif de mes collègues). Il y a eu un accord concernant l’homophobie signé par neuf entreprises (il y avait 3 511 511 entreprises en France en 2011 d’après l’INSEE, dont 199 292 comptant plus de 10 salariés).

On n’a pas entendu parler des trans’, parce que les hétéros et les pédégouines n’en ont rien à foutre des trans’. Pourtant, le mariage homosexuel existe depuis une décision d’octobre 2012 de la cour d’appel de Rennes confirmant la modification de l’état civil (en l’espèce le sexe) d’une personne, sans dissoudre son mariage.

L’euphorie du mariage pour tous ne doit pas nous faire oublier l’abandon de la PMA, l’invisibilisation de toutes les revendications trans, ni l’absence de politiques publiques fortes en matière de lutte contre l’homophobie et contre le sida. Restons vigilants.

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