Je n’ai aucune envie de devenir le grinch. (avertissements de contenu, militantisme par le choc et moi)

Avertissement de contenu : Ce texte étudie l’utilité des avertissement de contenu et le validisme autour de cette discussion. Il parle aussi de trouble anxieux, de Stress Post-traumatique et de militantisme par le choc. 

J’utilise beaucoup les réseaux sociaux. Je ne les utiliserai peut être pas tant si je n’avais pas des difficultés plus ou moins prononcées à seulement être dans les relations sociales. (J’ai parlé de mon Stress post traumatique sur ce blog de métaphores et je vous conseille également d’aller lire ce qui est expliqué sur le blog Philomèle à ce sujet.) C’est sur mon expérience partagée des réseaux sociaux et du militantisme que je veux écrire.

Il y a environ un an j’ai écrit sur les avertissements de contenus, depuis il y a eu cet article sur le blog Genre et il y a eu cet article dans Libération. Quand j’ai écrit mon premier article, je cherchais surtout à faire comprendre pourquoi l’idée d’avertissements avant de partager un contenu pouvait améliorer l’expérience des médias pour les gens qui souffrent d’un trouble anxieux, qui sont des survivant-e-s et d’autres personnes auxquelles je n’avais pas forcément pensé dans un premier temps.

Les deux articles de Genre et de Libération ont donné à mon premier article un écho plus grand que celui que j’avais envisagé. Si les retours ont été positifs dans leur grande majorité, il y a bien sûr eu ceux qui se contentent de répéter des critiques auxquelles des réponses ont déjà été apportées. Je ne vais pas, de nouveau, répondre à ces critiques. Si mes premiers arguments ne vous ont pas convaincu, je n’arriverai pas à le faire.

Ce qui m’intrigue et ce qui me pousse à écrire ce texte c’est de constater partout ce que j’appelle le militantisme par le choc. Des gens qui sont souvent d’accord avec l’idée des avertissements de contenu mais qui les oublient régulièrement.

Quand on observe les raisons de cet oubli, souvent c’est parce qu’on lit, qu’on vit ou qu’on voit quelque chose qui provoque un choc plus fort que tout et la seule manière que l’on trouve pour lutter contre, pour le repousser c’est le partager. C’est un peu comme si on se disait qu’en recréant le choc chez les autres, on le diluera et il sera un peu moins violent pour nous.

Montrer l’horreur est une stratégie de lutte contre la violence et contre les systèmes d’oppression. On compte sur l’empathie de cel-lle-ui qui va voir une campagne choc contre le viol, ou qui va lire des tweets qui font preuve d’un racisme ou d’une transphobie monstrueuse.

J’ai l’impression que ces deux mécanismes sont à l’œuvre dans cette fascination du pire.

Et finalement, il y a peu je me suis demandé pourquoi je m’obstinais à rester active sur les réseaux sociaux, n’ayant aucune envie de m’y métamorphoser en une sorte de rappel à l’ordre ambulant et constatant que je ne pourrais pas changer les comportements sur les réseaux. J’avais presque décidé de supprimer mes comptes.

Le lendemain, je suis allée travailler, et j’ai entendu dans la bouche des lycéen-ne-s aux côtés desquel-le-s je travaille l’une de ces blagues horribles que l’on partage pour la dénoncer. Je n’entrerai pas ici dans les mécanismes d’angoisse que cette blague a provoqués. Je suis par contre convaincue de la nécessité criante d’instaurer des modes de lutte en ligne qui prennent en compte les victimes afin qu’ils puissent se répandre par contagion dans les moments de luttes ailleurs.

Fabriquer des luttes qui excluent de fait celles-ux pour qui elles prétendent être ne peut pas continuer à être la seule manière dont nous sommes capables de lutter. Construire la place de celles-ux qui portent les douloureuses cicatrices des systèmes de violences devrait être au cœur de nos luttes et pas relégueé à la périphérie. Si on continue à ne penser à elles-eux qu’après avoir pensé nos campagnes, nos brochures, nos manifestations, nos occupations, jamais ces luttes ne seront les leurs et on continuera à les en déposséder.

Je ne veux plus être celle qui grogne sur tout un chacun pour les montées d’angoisse qu’on lui a provoquée, je suis sûre que je ne suis pas la seule à partager cette colère et cette lassitude. Je veux qu’on repense ce qu’on a à gagner par le militantisme par le choc et ce qu’on à y perdre.

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