Le disempowerment: Savoir quand fermer sa gueule

A peu près tout ce que je sais de la Justice Sociale, je l’ai appris sur tumblr. Les concepts de dominants, d’alliés y sont utilisés à profusion pour symboliser les rapports de force de l’oppression (ceux-ci étant bien évidemment des catégories glissantes). En effet, étant blanche, je ne subirai jamais le racisme, institutionnel ou isolé. Je n’ai jamais subi de discrimination sur la base de ma couleur de peau dans le domaine de l’éducation, du travail, de la justice ou encore de l’accès aux soins médicaux.

Je suis en revanche lesbienne, ce qui signifie que je subis au quotidien à la fois l’homophobie/la lesbophobie (deux oppressions que je préfère distinguer) et le sexisme. La liste ne s’arrête pas là, je suis également physiquement valide (mentalement, c’est moins évident), cisgenre, relativement mince (mais j’ai eu des périodes de fort surpoids, donc j’ai connu la grossophobie)  j’ai grandi en ville, sans oublier dans la classe moyenne, etc.

Tout ceci débouche sur une réalité complexe, faite d’oppression et de privilèges simultanés. Il y a des sujets sur lesquels il est légitime que je m’exprime, et d’autres sur lesquels il me faut me taire et écouter.

Une leçon très précieuse que m’a offerte tumblr est d’apprendre à savoir quand fermer sa gueule. Ca ne vient pas naturellement, étant donné qu’on m’a toujours appris à débattre, donner mon avis. Je sais, c’est dur de lire qu’au final, on n’est pas un flocon de neige unique et merveilleux, que notre parole n’est pas toujours d’or.
Donc oui, essayer de fermer sa gueule lorsqu’on n’est pas légitime, c’est important. Cela requiert de checker, constamment, ses privilèges. De reconnaître que l’on ne sait rien d’un sujet, ou que notre avis n’a tout simplement aucune importance.  C’est, pour moi, une manière de désamorcer ton privilège, autrement dit; le disempowerment. Je n’ai pas vraiment d’avis sur la démarche à adopter ensuite: ne pas utiliser la plateforme que notre privilège nous accorde, ou au contraire la céder à une personne opprimée pour qu’elle puisse s’exprimer (y’a certainement davantage de solutions auxquelles je n’ai pas pensé).

Et cela m’amène au coeur du sujet: Dominant, combattre l’oppression intériorisée c’est pas ton job. L’intériorisation de l’oppression est une technique de survie pour un opprimé. Et la lui reprocher, c’est comme foutre des claques à quelqu’un toute une journée et l’engueuler parce qu’il a mal.

Moi aussi, la misogynie chez les meufs, l’homophobie chez les queers, ca m’écoeure. Il n’empêche que j’ai perpétué les deux, et qu’à certains moments, c’était ma seule arme pour garder la tête hors de l’eau (heureusement, j’ai commencé à désapprendre toute cette merde). Si tu ne vis pas ces oppressions, tu n’as pas d’avis à avoir sur la question. Ca ne te regarde pas. Et tu n’as certainement pas à venir m’expliquer comment m’affranchir de tout cela.

mer

Jpense notamment à un certain gay(blanccisriche) qui s’est pas mal démené cette année pour nous niquer le moral. Personnellement, je pisserais bien sur son gazon. Mais je connais la violence du placard, je connais la violence de l’homophobie, la peur tétanisante du rejet parce que t’as vu des potesses se faire jeter de chez elles. De toute cette merde, j’ai hérité diverses maladies mentales, donc je suis en mesure de lui cracher dessus, j’en ai gagné le droit.

Un hétéro n’a pas la moindre idée des blessures que ca inflige, n’a pas à exiger de quelqu’un un courage qu’il n’aura lui-même jamais besoin de démontrer.

Il ne s’agit pas uniquement d’une question de légitimité. Par exemple, un homme qui vient reprocher à une femme sa misogynie intériorisée recrée une situation dans laquelle il domine celle-ci. Il parle à sa place, d’un sujet qu’elle connaît intimement, contrairement à lui. Il la silencie tout en niant son privilège, et recrée ainsi une situation de domination.

Cela donne d’ailleurs parfois lieu à des situations effarantes où le concept de ‘misogynie intériorisée’ est instrumentalisé pour piétiner les choix conscients de femmes qui décident de porter le voile, ou de mettre du rouge à lèvres et des talons. T’approprier ce concept pour perpétuer ton propre pouvoir sur les meufs, c’est pas mignon, ca fait de toi un gros caca.

Ce qu’un dominant (catégorie dont je fais parfois partie, heing) doit faire, c’est plutôt se demander: ‘Et toi, tu fais quoi pour rendre l’espace public moins oppressif pour cette personne?

-Janis Bing.

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