Polyvalence, divergences.

Moi j’y ai cru.
J’ai bien aimé.
Et puis on en a vraiment besoin. D’écrire, de témoigner, d’espaces où c’est possible.
Puis j’ai lu.
Et c’est juste au détour de quelques mots, quelques phrases, toujours maladroites, toujours pas pensées comme ça. Mais je l’ai lu. Le rejet, la haine, le mépris, la stigmatisation.
« Y a deux mecs noirs » (1)
« Je suis un homme, sur le plan biologique. » (2)
« cet attardé congénital » (2)
« dans certains contextes puant l’hormone mâle » (2)
 » juste d’un fils de pute » (3)
 » Être victime de sexisme est un fait, pleurnicher de déboires entre sexes opposés en est un autre. » (4)
Et je me suis demandé si ça allait un jour changer.
Que l’on ne soit pas capable de créer des espaces où sous couvert de féminisme on fait du sexisme, du racisme, de la transphobie, de l’essentialisme, de la putophobie devrait nous faire nous interroger.
On a le droit de faire des erreurs et on a le droit de se remettre en question.
On a le droit de demander des comptes et on a le droit d’attendre des changements.
L’empathie c’est bien, lorsqu’elle ne va pas toujours dans le même sens.
Celui des privilégiéEs.
Alors c’est bien de faire des réunions, des textes, des interventions, des chartes sur la bienveillances, les dynamiques d’oppression, le safe.
Sauf que moi j’en ai rien à foutre qu’on soit bienveillantE avec moi. Et jme sens pas plus libre ou plus en sécurité entouré de féministes cis que quand je suis entouré de connards cis-het. Et je sais très bien que je ne serai jamais safe nulle part, et je m’en branle.
Je me sens pas mieux à l’intérieur que dehors et je veux être nulle part.
Moi ce que je veux c’est qu’on arrête de faire croire qu’on est uniEs quand on rêve toutEs de s’étriper.
Qu’on arrête de faire croire qu’on en a quelque chose à foutre de ce que d’autres vivent alors qu’on continue à leur cracher à la gueule après.
Moi j’aimerais bien que nos mécanismes pour faire face à la violence qu’on subit ne nous servent pas à ostraciser et rejeter les personnes qui sont encore plus dans la merde que nous.
Mais partout, tout le temps, dans la société ou dans nos milieux militants so radicaux, on se retrouve toujours à refaire ça.

Faudrait peut être commencer à avouer qu’on a échoué.

Si on veut construire quelque chose qui ne s’effondrera pas.

(1)http://polyvalencemonpote.com/mon-pire-souvenir-suite-et-fin-jespere/
(2)http://polyvalencemonpote.com/comme-les-autres/
(3)http://polyvalencemonpote.com/le-testeur-et-limpure/
(4)http://polyvalencemonpote.com/vs-letexte/

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7 réflexions sur “Polyvalence, divergences.

  1. LittleEnid dit :

    La critique que tu fais est nécessaire mais du coup, on fait quoi ? On arrête de relationner ?
    J’ai l’impression qu’on commence à peine à faire du féminisme intersectionnel (ou peut-être que *je* commence à peine) et qu’on crée un peu de solidarité.
    Et quand ça foire (cf les exemples que tu donnes), c’est précisément parce que ce n’est pas assez intersectionnel, pas assez empathique.
    Ça foire quand on oublie des gens, mais qu’à force de le rappeler, de corriger et de réfléchir ENSEMBLE on s’oubliera de moins en moins, on sera de moins en moins excluant.
    J’ai l’impression qu’on est en plein apprentissage, ou dés-apprentissage de la culture -phobique et excluante qui est la notre.
    Parce que si l’alternative, c’est d’arrêter d’essayer… moui bof.
    On fait de l’intersectionnalité tout le temps, c’est-à-dire qu’on se confronte aux vécus des gens qui ne sont pas nous. Si on doit ne relationner qu’avec des gens absolument comme nous, m’est avis que ça n’existe pas.

  2. LittleEnid dit :

    Après je conçois que plus tu es à l’intersection de phobies, plus c’est éprouvant de relationner. Par exemple, j’ai très souvent envie de claquer certaines féministes hétéros qui oublient systématiquement les gouines.
    C’est intéressant pour moi d’apprendre des choses sur le racisme, la putophobie, la transphobie mais est-ce que ça apporte quoi que ce soit aux gens qui en sont victimes de relationner avec moi ?
    Reste que ces systèmes d’oppressions sont similaires en certains points et qu’en miroir on en apprend sur sa propre oppression. Je pense aux ponts entre transmisogynie et femphobie, à la notion de « passing » qui peut s’appliquer pour les trans, les LGB et les raciséEs, etc.

    • ultrapuke dit :

      Je pense pas avoir de réponse. C’est peut être super nul de faire un texte juste pour poser un problème, une situation et sans aucune solution, mais je prétends pas aller où que ce soit. Je pense qu’il y a des choses que je dis dans ce texte que je ne soupsonne même pas.
      Mais je pense juste qu’il faut essayer, essayer encore et toujours, et c’est tout ce qu’on peut faire, bricoler avec ce qu’on a et essayer de comprends ce qu’on veut, comment l’obtenir, et essayer de blesser le moins de monde possible je suppose.
      Et j’ai pas l’impression qu’on commence à faire de l’intersectionnalité, même si moi aussi, effectivement, ça fait pas longtemps. Mais que c’est toujours un peu un échec sur certain plan, pas toujours sur tous, et oui, on oublie souvent des gens, et souvent les plus précariséEs.
      Et clairement pour moi toutes les oppressions sont liées, certaines plus proches que d’autres, mais toutes liées au même système de toute façon.

  3. la loutre dit :

    Je trouve ce texte malhonnête, ou maladroit, je ne sais pas clairement. Le  » on  » que tu utilises à la fin, pour parler de l’échec de la gauche radicale est bien trop impersonnel pour ne pas masquer ton propre échec. La partie la plus intéressante à mon sens est le moment où tu entames une critique des espaces safe. Mais il m’est trop visible que tu te complets dans ton narcissique, tu critiques sans te critiquer. Tu dis  » on « , mais tu pars de texte écrits par d’autrEs. Tu sembles adopter la posture de celui ou celle qui sait, qui voit, tu t’extériorises, tu juges, bref tu es le ou la meilleurE d’entre nous, et ça ce n’est pas très intéressant pour moi, pour nous peut être. En faite, des gentEs qui produisent de la critique tel que tu l’a produit, il y en a plein, et rien n’a jamais bougé. Les différents mouvements Bash back ont fini par ce rencontrer et ce taper dessus, parce qu’illEs n’étaient pas d’accord entre eux sur leur  » radicalité « , signant la fin de ce premier mouvement. Ta question pourrait être celle là : Comment travailler ( politiquement ) ensemble ? Mais cette question semble te faire chier. Elle n’est pas assez radicale ? Qu’elle est ta vision de la radicalité ?

    • ultrapuke dit :

      Ce texte est très certainement maladroit, et peut être malhonnête.
      Le « on » que j’utilise, dans ce contexte, je l’appliquait en fait pas forcément à la « gauche radicale » mais plutot au féministes avec qui j’ai pu militer ou auxquelles j’ai pu être confrontéE. Et bien sûr que je parle aussi de mon propre échec là. Je dis « on », pas « vous », pas « eiles ». Je m’inclue dans l’échec, j’en fait partie intégrante. Mais je ne suis pas le/a seulE. J’ai vraiment l’impression que c’est une dynamique commune.
      L’utilisation des textes est le déclencheur pour moi, je voulais écrire un texte sur ce qui me dérangeait dans ce blog, en me rendant compte ensuite que c’est beaucoup plus large que juste ce blog, que c’est assez symptomatique des millieux dans lesquels j’évolue, et que je ne supporte plus. Parce que je fais souvent partie des minoriséEs dans les minoriséEs.
      Pour le safe, je pense que cette critique a déjà été faite (ici : http://paranormaltabou.wordpress.com/ ) mieux que je puisse la faire, je pense pas avoir besoin de m’étaler là dessus.
      Après oui certainement je me complet dans mon narcissisme aussi, c’est un texte sur ce que je ressent, sur mes sentiments, en tant que personne ostraciséE parce que plein de trucs mais aussi en tant que personne ostracisantE.
      Et je ne prétends pas savoir quoi que ce soit, après oui, je pense qu’on fait de la merde (peut etre que j’ai rien compris aussi hein, c’est pas exclu), mais je ne pense pas être le/a meilleurE d’entre nous toutEs, loin de là. Je pense que je suis tristement pas loin des autres, et toujours, c’est pour ça que je m’inclue dans l’échec que je constate.
      Aussi, je prétends pas faire bouger quoi que ce soit, je pense que c’est pas parce que j’ai écrit ce texte qu’on va commencer à faire des réunions pas nulles, à avoir une vision totallement intersectionnelle et à détruire l’hétéro-cis-patriacat blanc valide et le capitalisme.
      Ma question pourrait être comment on peut travailler ensemble, mais je suis plus sûrE du tout qu’on puisse travailler ensemble si ce n’est sur des plans extrèmement pratiques et matériels. Cette question ne me fait pas chier, c’est celle que je me pose chaque putain de jour, mais j’ai pas de réponse. Et je prétends pas en avoir.
      Dans tout les cas je suis pas sûr que ce soit un problème de radicalité, je suis même pas sûrE de savoir ce que ça veut dire ou même de vouloir le savoir. Et ce texte ne vas clairement pas dans un sens de « plus de radicalité », c’est pas ça mon problème, ça jmen branle, c’est vraiment plus une réflexion sur ce qui me dérange (en tant que personne minoriséE et aussi en tant que personne participant au problème) dans nos façon de faire du militantisme qui hiérarchise les luttes et répète sans arrêt des oppressions.
      Bref, je ne prétends pas aller quelque pars avec ce texte, vraiment, vraiment pas.
      Voila, j’espère que c’est clair et que ça réponds à tes questions.

    • C’est assez rigolo de voir que chaque critique des milieux militants (probablement quels qu’ils soient, même si je patauge surtout dans les eaux du féminisme « inclusif ») amène toujours les mêmes types de réflexion, que ce soit « vous sabotez notre lutte qui ne connaît d’échecs qu’à cause de circonstances qui lui sont parfaitement extérieures (des traîtres vraiment fourbes, ou alors des ennemiEs vraiment diaboliques), qui nous mènera bientôt et certainement [insérer ici ce qui convient : à la société communiste libertaire, à la fin du patriarcat, à la libération de ceci ou cela ou que sais-je encore] », ou bien « vous êtes des personnes défaitistes méprisantes malhonnêtes converties à l’individualisme néolibéral qui vous fait mentir sur des mouvements (point précédent) etc. ». Pourtant, la question doit se poser à un moment : si le credo de la militance alternative est souvent « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », quelle place laisse-t-on aux œufs en question, qui sont bien souvent des gentEs qui n’ont pas du tout envie d’être casséEs ? Et comme par hasard, souvent pas tant les dominantEs tant honniEs (et ça il faudrait en parler aussi, de cette conviction tant partagée que notre monde est organisé par les dominantEs conscientEs de leur domination pour la préserver), mais bien plutôt par celleux qui sont à la fois marginaliséEs / précariséEs / violentéEs tant dans le monde-des-gens-normaux qu’à alternoland…
      Pour ce qui est de quelques trucs auxquels on pourrait penser, qui ne sont certes pas une volonté de ma part de proposer « une réponse », mais plutôt des pistes à suivre qu’on (que je ?) pourrait tenter de suivre pour essayer de ne pas retomber dans les mêmes panneaux en permanence (ça ne marchera peut être pas, mais qu’on change de façon de se faire mal au moins) :
      – arrêter de fétichiser la libération / la révolution / l’union etc., de penser qu’on va sauver des gentes et changer le monde. La question qui me semble se poser dans le monde dans lequel nous sommes coincéEs, et probablement pour un moment, c’est comment on survit nous, et comment on essaye d’aider des gentEs qui essaient ielles aussi de survivre au désastre. « S’occuper de ses fesses », comme disait l’autre. Et je crois peut être même qu’on devrait se demander si cette volonté d’éradiquer le mal ne fait pas un peu partie des choses qui nous inscrivent bien à fond dans les logiques du monde tel qu’il est.
      – en finir avec l’idée que les espaces alterno-militants sont a priori bien plus sympa que le reste du monde. Je pense qu’ils reproduisent exactement la même opposition paix sociale apparente / précarisation, stigmatisation, exotisation et violences réelles que nos sociétés « un peu coercitives ». Je crois que si on arrêtait de s’imposer une unité construite en permanence sur le silence des mêmes, au nom d’un mouvement vers l’avenir radieux et d’espaces déjà tellement safe au sein desquels les violences ne seraient que des erreurs ou des accidents, on arriverait peut être à avancer un peu…

  4. Steffich dit :

    Ma foi, j’étais passée à côté de cet article et je le trouve assez juste, pour ma part.
    J’ai lu les commentaires qui ont suivi, un peu virulents à mon sens, parce que selon moi, le propos, c’était simplement une alerte. Un rappel du « parce que je sais ce qu’est l’oppression et que j’ai pu en être victime, j’en oublie parfois d’épargner les autres ».

    Je ne pense pas qu’il faille « s’occuper de ses fesses », bien au contraire. Mais balayer devant sa porte, ce qui est foncièrement différent.

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